samedi 24 février 2007

CHAPITRE 10 - Le poste de police, dernière étape administrative

Aujourd’hui nous allons rencontrer Ellen à son bureau. Nous avons rendez-vous avec elle à 14h00. Elle nous a téléphoné hier pour nous dire que nous irions faire faire notre carte de résident étranger aujourd’hui. Elle nous a seulement dit que nous aurions à nous rendre au siège social de la police de Nanyang.

Cette fois-ci, elle est à l’heure. Le jour où nous sommes partis à Zhengzhou pour passer les examens médicaux, elle nous avait donné rendez-vous à l’entrée principale du campus, mais elle est arrivée vingt minutes en retard. Nous étions quelque peu stressés étant donné que nous savions que nous avions un autobus à prendre et qu’il ne fallait surtout pas le manquer. N’ayant pas de téléphone cellulaire, nous n’avions aucun moyen de la rejoindre pour savoir ce qui se passait.

J’avais alors demandé en chinois aux gardes de l’entrée de l’appeler pour nous, j’avais la carte d’affaire d'Ellen avec moi et son numéro de cellulaire y était inscrit. Cependant, le garde ne semblait pas vouloir nous aider. Je voyais très bien qu’il y avait un téléphone accroché au mur de son cubicule, mais il n'a pas voulu que l’on s’en approche. À la place, il a sorti son propre cellulaire et a commencé à chercher dans son carnet d’adresses pour un numéro quelconque. Je voyais bien qu’il hésitait, comme si ce qu’il faisait était interdit, mais je lui ai quand même demandé de composer le numéro d’Ellen. Au lieu de s’exécuter, d’un air penaud, il a rangé son téléphone dans sa poche de manteau et nous a pointé un homme du doigt, qui lui se dirigeait vers l’entrée/sortie du campus.

Il a interpellé l’homme et nous a pointés du doigt en nous disant que cet homme pourrait nous aider. Bon, pourquoi ne pas s’essayer. L’homme s’est approché de nous avec des points d’interrogation dans les yeux, et il nous a demandé en chinois ce que nous voulions. Je lui ai répondu que nous avions rendez-vous avec Ellen, la personne responsable du bureau des affaires étrangères du NIT, et que nous devions aller à Zhengzhou ensemble. Je lui ai montré la carte d’affaire d’Ellen, mais sans y porter trop d'attention, il a plutôt commencé à nous demander si on connaissait une « Joanna ». Non, je lui ai dis que nous ne voulions que parler à Ellen. Il a décidé de téléphoner à Joanna. Alors qu’il placotait, Ellen est enfin apparue! Elle était elle-même sur son cellulaire en train de parler à quelqu’un d’autre. Nous avons montré à l’homme qu’Ellen était arrivée et que nous n’avions plus besoin de son aide. Il a sourit d’un air sympathique, nous a serré la main et est parti. Nous avons découvert par la suite qu’il s’agissait d’un collègue d’Ellen, qu’il travaillait dans un autre département de l’administration du NIT.

Mais aujourd’hui, nous ne nous rencontrons pas à l’entrée mais bien au bureau d’Ellen, et quand nous arrivons sur place, elle est là!

Nous nous dirigeons ensemble vers l’entrée du campus (son bureau n’est pas très loin de là), puis une fois passés la porte nous interpellons un taxi. Étant donné que ce n’est pas l’heure de pointe, il y en a plusieurs de disponibles, mais le plus téméraire de tous arrive dans le sens inverse, coupe les autres voitures en face de lui, fait un virage en « u » et manque de frapper quelques piétons avant de freiner brusquement devant nous. « 你去哪儿? » (Où allés vous?) demande-t-il parle la fenêtre entre-ouverte. Ellen lui communique notre destination, nous nous asseyons en espérant qu’il se calme en cours de route, mais il continue ses manœuvres de pilote de course de jeux vidéo.

Je crois qu’à ce stade dans mon récit il est opportun de faire une parenthèse sur les chauffeurs de taxi (et les conducteurs en général) à Nanyang. J’ai déjà mentionné que parmi les rues de Nanyang, des véhicules de toutes sortes (voitures de luxe, vieilles « minounes », pout-pout à trois roues motorisés, pout-pout à trois roues non-motorisés, autobus, cyclistes, motocyclistes et piétons) se côtoient tous dangereusement. Il ne faut pas oublier les grosses charrettes surchargées de déchets/légumes/recyclage ou meubles qui avancent à un kilomètre à l’heure puisqu’elles ne sont tirées que par un seul homme dont le seul carburant est la force motrice de son propre corps.

Alors, tous ces gens se partagent les mêmes voies. On retrouve des piétons dans les rues, et le trottoir est lui-même occupé par des véhicules motorisés. De règle générale, même si la plupart des gens conduisent relativement lentement, ils sont tous très pressés. Le klaxon est le mode de communication favorisé, même si son efficacité est presque nulle tellement les gens en abusent dans toutes les circonstances. Un autobus en klaxonne un autre juste « parce que », un taxi klaxonne tout ce qui bouge parce qu’il est le plus pressé de tous, les autres voitures se klaxonnent entre elles pour se dire « moi je tourne à gauche », « moi je vais te dépasser », « moi je veux t’avertir que je suis dans ton angle mort alors arrête d’essayer de changer de voie », etc.

Lorsqu’on observe attentivement les gens conduire, on peut parfois se surprendre à déceler une certaine logique expliquant les mouvements que font les véhicules. Mais soudain, l’harmonie est détruite par un véhicule qui fait une manœuvre insensée, par exemple un virage en « u » dans le milieu de la rue (même s’il n’y pas d’intersection en vue et que les voies sont toutes bloquées dans les deux sens), ou sinon par quelqu’un qui s’est trompé de chemin et qui fait marche arrière, même s’il n’y a pas le moindre espace pour reculer, et ainsi de suite. À nos yeux d'étrangers, c'est de la folie pure. Nous voyons régulièrement des accidents, et vue la qualité des véhicules, particulièrement les vélos et les motos, ils causent beaucoup de dégâts même si l’impact n’est pas toujours très violent et que la vitesse des véhicules n'est que rarement élevée.

En fait, j’ai l’impression que les gens veulent freiner le moins possible. J’ai souvent entendu l’expression « brakes are for losers », et je me demande si elle est connue en Chine. On veut à tout prix éviter de ralentir et encore plus éviter de devoir s’arrêter. Ainsi, les automobilistes font des mouvements abrupts et imprévisibles pour éviter un trou, une autre voiture, un vélo, un piéton, et ainsi de suite. Quand tout le monde fait n’importe quoi, n’importe quand, et bien le résultat final, c’est beaucoup d’accidents, encore plus d’accrochages, et beaucoup de « iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiih, on va mouriiiiiiiir, oh fiou! ».

J'ai préparé un schéma pour vous donner une idée de l’état typique de la circulation lorsqu’on arrive à un rond point (il y a des ronds points à presque tous les trois coins de rue, et parfois, il n’y a pas de feu de circulation pour dire qui va où, et ce à quel moment). Comme vous le constaterez, les conducteurs ne contournent pas le rond point, ils coupent directement dans la direction dans laquelle ils veulent aller, sans se préoccuper de la possibilité qu'il y ait d’autres véhicules qui arrivent d’ailleurs.

Alors, revenons-en à notre balade en taxi. Malgré les nombreux obstacles et épreuves rencontrés lors du parcours, notre chauffeur nous mène à bon port, sans anicroches (miraculeusement), et une fois débarqués nous nous dirigeons vers un bureau adjacent à l’entrée de la station de police. Nous devons refaire des photos pour notre application, et c’est dans ce petit bureau que ça se fait. Il y a trois femmes assises derrière le comptoir, et elles semblent toutes s’ennuyer à mourir. Ellen doit remplir quelques papiers, puis on ordonne à Henning d'aller s’asseoir dans un minuscule cubicule fermé, où la seule ouverture donne sur l’objectif de la caméra. C’est la même chose qu’à Zhengzhou lorsqu’on devait prendre des photos pour les examens médicaux; alors que ses collègues pouffent de rire, la "photographe" se bat avec le cadrage car Henning est trop grand, mais elle fini par y arriver.

C’est à mon tour. On m’ordonne d’enlever mon manteau, mon foulard, et mes boucles d’oreilles (elles sont absolument minuscules, mais j’imagine que c’est une formalité). Je m’assois sur le tabouret, et attend sans bouger. On me demande de ressortir avant même d’avoir pris la photo. On me dit de remettre mon foulard. Hein? Ellen me dit qu’on doit couvrir mon « décolleté » (je porte un chandail à col rond qui ne dévoile vraiment rien). Bon, d’accord. Une fois la photo prise, je suis un peu mal à l’aise. Étais-je vraiment indécente?? Je ne pourrai porter ce genre de chandail quand j’enseignerai? Je demande à Ellen son opinion. Elle ne comprend pas très bien ce que je lui demande (son anglais n’est pas très bon, particulièrement au niveau de sa compréhension). Finalement, elle éclate de rire et dit que mes vêtements sont parfaitement adéquats, c’est juste que le cadrage de la photo montre strictement mon cou et mon visage, ce qui fait qu’avec mon petit décolleté on avait quand même l’impression que j’étais nue sur la photo! Franchement… Alors ils m’ont fait remettre le foulard pour enlever tous doutes.

Les photos sont imprimées en moins de quelques secondes (enfin quelque chose d'efficace!), puis nous pouvons passer la porte qui mène dans l’enceinte du poste de police. Tous les bâtiments officiels sont entourés de murs gardés. En fait, Ellen doit d’abord entrer dans le cubicule du garde de la porte principale pour lui faire part de nos intentions. Ce dernier la regarde, puis nous jette un coup d’œil, ensuite il pose des questions à Ellen qui répond diligemment, il nous regarde à nouveau avec des yeux suspicieux, mais il nous laisse enfin passer.

Le bâtiment est très grand, avec de nombreux étages, mais lorsqu’on pénètre à l’intérieur, il n’y a que deux ascenseurs, aucune trace de sécurité ni de bureau de réception. Nous croisons une dame qui passait par là par hasard, et même si ce n’est pas une employée, c’est elle qui nous indique que nous devons nous rendre au septième étage. Nous longeons un couloir où la plupart des portes sont fermées. Ellen entre dans une pièce dont la porte est ouverte, et on la redirige quatre portes plus loin. Nous cognons puis entrons dans la pièce, où deux hommes et une femme sont assis à des bureaux séparés par des petits murets (tel ceux d'un centre d’appel). Ils sont tous assis à lire des magazines ou à jouer sur leur ordinateur.

Un des deux hommes lève les yeux vers nous, puis Ellen entreprend de lui expliquer que nous sommes ici pour faire faire nos cartes de résident étranger. Ils parlent pendant quelques minutes, on exige nos passeports et on nous dit de nous asseoir sur les deux sièges contigus au distributeur d’eau potable. Ellen se tourne vers nous puis dit avec un grand sourire « ah, c’est bien ça va être moins cher que prévu… il nous fait un prix ». Ah bon. C’est l’université qui paye de toute façon, mais je ne comprends pas trop comment le tarif de ce genre de procédure officielle peut-être négociable. En tout cas…

Ellen disparaît avec l’homme, puis nous attendons, attendons, attendons. Un autre homme entre dans le bureau avec deux verres en carton et malgré nos protestations il nous force à nous verser de l’eau chaude du distributeur. Il sourit, fier de lui, et repart. Hummmmm. Pendant ce temps, la dame et l’homme qui sont restés dans le bureau font semblant de s’affairer étant donné qu’il y a maintenant deux personnes avec eux. « Tac-tac-tac », ils pitonnent je ne sais quoi sur leurs claviers d’ordinateur.

Nous lisons nos livres, et après ce qui nous semble être une éternité, Ellen réapparait et elle nous dit que tout est beau, nous pouvons partir. Et nos passeports? Il faut les laisser ici. Hummmmm. Je déteste devoir laisser mon passeport entre des mains autres que les miennes! C’est illégal. Ellen rit et me dit que c’est le poste de police, qu’il n’y a pas d’endroit plus sûr. Malgré tout, je demeure sceptique mais sais que je n’ai d’autre choix que de consentir. Ils vont apparemment nous les remettre d’ici une semaine.

Nous quittons l’édifice, et nous reprenons un taxi en direction du campus. Pourtant, nous faisons un détour seulement pour nous rendre compte qu’Ellen nous dit que nous devons faire un autre arrêt. Le taxi s’immobilise enfin devant un énorme magasin que nous n’avions encore jamais vu. Il se nomme « Splendid Mall ». Nous entrons dans ce dernier, et nous nous frayons un chemin parmi la foule.

Un bouchon se forme rapidement devant l’entrée dès que les gens aperçoivent Henning. Des « ooooooooh » et des « aaaaaaaah » fusent de partout. Les gens rient, pointent du doigt, mais nous finissons par être en mesure d’entrer. Le magasin est immense, au premier étage on retrouve de la nourriture, puis au deuxième des accessoires divers, des électroménagers, des vêtements, des souliers, des tapis, des chaufferettes, etc.

Nous suivons Ellen dans les allées, elle se promène de façon plutôt aléatoire. Nous lui demandons ce qu’elle cherche.

- Rien, je voulais juste vous montrer ce magasin. nous dit-elle en haussant les épaules.

Ah bon. Nous décidons d’en profiter pour acheter des trucs introuvables dans le Wandro près du campus. Nous achetons des raquettes de badminton, un petit tapis pour la salle de bain, des taies d’oreiller pour Jason qui en cherche depuis son arrivée en Chine (il sera ravi, c’était les dernières et elles sont rose fluorescent! haha), et puis du chocolat, miaaaaaaam.

Nous reprenons un taxi jusqu’au campus, puis avant de se quitter à l’entrée, Ellen nous assure qu’elle communiquera avec nous dès qu’elle aura récupérer nos passeports, que ce sera sans doute d’ici une semaine. Nous somme vendredi, alors elle devrait nous rappeler vendredi prochain.

...

Elle nous appellera le lundi suivant, ce qui, selon les standards d'efficacité chinoise, est quand même impressionnant.

Nous recevrons donc nos "Foreign Experts Certificate" environ dix jours après être allés au poste de police. Ils ressemblent à des passeports, contiennent nos noms, photos, adresse, numéro de passeport, numéro de contrat, numéro de visa et autres informations officielles. Ce certificat nous permet de voyager en Chine ainsi que d'entrer et sortir du pays autant de fois que l'on veut (c'est l'équivalent d'un visa à entrées multiples). De plus, on a collé un permis de résident étranger dans nos passeports qui indique que nous pouvons rester en Chine au plus tard jusqu'au 31 janvier 2008.

Cette escapade au poste de police aura été, à notre satisfaction extrême, le dernier morceau du casse-tête administratif chinois. Fini la paperasse! Du moins, on l'espère sincèrement.

© Madeleine Beaudet, 2007. Tous droits réservés.

2 commentaires:

Anonyme a dit...

WOW ! En comparaison avec ce que tu as vécu jusqu'à maintenant,le service de police de Nanyang est vraiment efficace ! ha ha ha

Félicitations ! L'aventure de l'enseignement va enfin commencer ! J'ai hâte de voir comment ça se passe avec vos élèves. Zaijian !

Johanne

Anonyme a dit...

Salut beauté,

Un coucou rapide pour te dire que
JE T'AIME ET QUE JE PENSE BCP À TOI!!!

vite, je vais manquer mon autobus!!
A plus
Lili

© Madeleine Beaudet, 2007-2009. Tous droits réservés.