mardi 16 octobre 2007

CHAPITRE (indéterminé) - Retour à Nányáng et le meurtre d’une clandestine

Et bien voilà! Nous sommes de retour à Nányáng! Il est minuit et demi, et par chance, l’autobus passait à côté de l’université en se rendant à la station centrale, et nous avons pu descendre devant l’entrée du campus, sans avoir à prendre un taxi du terminus jusqu’à chez nous. C’est bien!

Je suis contente que nous nous soyons rendus sains et saufs, c’était toute une « ride »!! Un vrai cowboy le chauffeur. Je dois mettre l’emphase sur la chance que nous avons eu d’être assis dans la première rangée derrière le chauffeur, car je n’ai pas souffert du mal des transports comme j'en ai l'habitude. Je me suis malgré tout sentie comme un grain de maïs soufflé qui explose dans un micro-onde pendant toute la deuxième moitié du trajet, c’est-à-dire à partir du moment où l’autobus a quitté l’autoroute pour emprunter les routes mal entretenues des villages que nous devions traverser pour nous rendre à Nányáng.

Henning et moi n’arrêtions pas d’éclater de rire à chaque fois que le bus sautait dans les airs (littéralement, en raison d'une suspension pratiquement non-existante) à cause des trous et des bosses, donc à peu près aux trois à cinq secondes. Henning s’est exclamé à un moment qu’il se sentait comme s’il était de retour à Montréal! Il faut dire que, roulant à quatre-vingts quinze kilomètres à l’heure sur des routes où les panneaux recommandent une vitesse de quarante, il n’est pas trop surprenant que la suspension n'ait pas survécue. Pop-corn humain…

J’ai également beaucoup rit en constatant que le chauffeur appuyait brusquement sur les freins pour éviter un chat ou un chien sur les routes de campagne, alors qu’en ville il ne ralentissait même pas devant les piétons aux intersections.

Je dois conclure que ce fameux chauffeur était un conducteur digne de son patelin, avec un talent particulier pour le multi-tasking. Dans les routes de campagnes, ayant trouvé sa vitesse de croisière, outre le fait de conduire (tâche secondaire pourrait-on croire en voyant comment il ignorait les nids de poules et des dénivellations), il parlait sur son téléphone cellulaire, regardait le film destiné aux passagers, fumait des cigarettes sans interruption, et buvait son thé.

De retour dans notre appartement, je me souviens trop bien d’avoir transporté une passagère clandestine avec nous…

En effet, à l’auberge de jeunesse, alors que j’étais dans la salle de bain en train de me changer, en ouvrant mon sac j’ai, pendant à peine une fraction de seconde, aperçu une créature se faufiler dans mes trucs. À la vitesse de son déplacement, et à sa taille, j’ai aussitôt reconnu qu’il s’agissait d’une coquerelle. J’ai tenté de la faire sortir, mais j’étais trop « moumoune » pour vraiment mettre ma main dans le fond du sac pour l’éjecter.

Je hais les coquerelles. Pardon, je me corrige. Je HAIIIIIIIIS les coquerelles. Plus que les araignées. Alors, j’ai fait comme si je n’avais rien vu, d’ailleurs il n’y avait presque pas de lumière dans la cabine de toilette, et je me suis convaincu que je n’avais pas vraiment vu ce que j’avais vraiment vu. Hummm.

Tout compte fait, je me suis si bien dupée qu’en posant les pieds dans notre salon et en ouvrant mon sac, commençant tranquillement à en vider le contenu, j’ai déjà oublié qu’une intruse s’y cache et n’attendra sans doute pas longtemps avant de s’extirper de sa prison de fibres synthétiques pour partir à la conquête de notre appartement et y pondre ses œufs. JE HAIS LES COQUERELLES!!

J’ai à peine le temps de faire un tour à la cuisine et de revenir au salon qu’elle est là, petite tâche sombre contrastant avec la pâleur de notre plancher qui n'est que faiblement illuminé par la lampe de table à côté du sofa. Je hurle aussitôt à Henning de venir à ma rescousse, pendant que je pars à la recherche d’une arme. Je ne veux pas détourner mes yeux de ma proie, mais c’est nécessaire et bien évidemment suffisant pour que la maudite disparaisse. Malgré tout, je me dépêche à aller trouver un objet adéquat pour performer sa mise-à-mort.

Henning est déjà dans le salon et est perplexe en me voyant revenir l’air triomphant (ou dément??) en brandissant une « gougoune ».



- Que fais-tu choucroute?

- Où est-elle??!?!?!? OÙ EST-ELLE!!!!!!!!

- De quoi parles-tu?!

- Oh noooooooooooooooooon, je ne la vois plus! Lève le sofa, vite! VITE!

- Quoi, il y a une araignée?

- NOOOOOON, UNE COQUERELLE DE L’AUBERGE DE JEUNESSE!

- ???


Il s’exécute avec un haussement d’épaule, plus soucieux de me faire taire que de vouloir tuer la coquerelle. Je cherche frénétiquement tous les recoins de la pièce, désespérée en constatant qu’elle n’est nulle part.

Je finis par soulever mon sac-à-dos, dernier endroit non-inspecté, et la voilà, la maudite, soudain immobile, sur le qui-vive, prête à déguerpir. Sans hésiter plus longtemps, j’abats ma gougoune sur le monstre une fois, puis deux, puis trois, puis quatre, et puis il ne reste que de la purée de coquerelle sur le plancher.

Je me redresse, haletante, et reviens à moi-même en voyant Henning, qui me regarde comme s’il se tenait devant un animal dangereux au comportement tout aussi agressif qu’imprévisible.

- Ben quoi?! Elle allait pondre ses œufs chez nous et je ne connais pas d’exterminateur à Nányáng qui soit en mesure de nous débarrasser de ces bestioles sans nous exterminer nous aussi. T’sais, même décapitée une coquerelle peut survivre neuf jours, et s’il y avait une bombe nucléaire qui décimait la population mondiale dans son intégrité, les seules survivantes seraient ces bestioles diaboliques???

- …

Ce sur quoi il replace le sofa et quitte le salon.

- ???Quoi???


© Madeleine Beaudet, 2007. Tous droits réservés.

CHAPITRE (indéterminé) - Wŭhàn, la fournaise de Chine, jour 4

Le lendemain, c’est notre dernier jour à Wŭhàn. Nous décidons de nous rendre à Mò Shān (Montagne Mò), un autre coin vert de la ville, au bord du Dōng Hú (Lac Est) et un peu plus en altitude que la section près du musée provincial.

Nous découvrons qu’il s’agit d’un parc dont l’énorme superficie est impossible à parcourir en une demi-journée. Nous contemplons donc nos choix de sites à visiter sur la carte du parc à l’entrée de ce dernier, mais elle est difficile à décrypter en raison des chemins tortueux qui sillonnent la montagne d’un endroit à l’autre, et de l’absence de traduction anglaise ou de pīnyīn pour s'y retrouver parmi les noms des divers sites. Nous choisissons donc de nous rendre directement au sommet de la montagne et de trouver le pavillon Zhūbēi (que nous avions repéré comme étant un point de vue sur la carte de la ville que nous nous étions procurée à l’auberge de jeunesse). Pour se faire, vu la chaleur qu’il fait, nous n’hésitons pas à prendre le remonte-pente pour parvenir à notre destination.

Pendus après le câble sur nos sièges délabrés, nous admirons la vue qui est intéressante, quoique notre visibilité est limitée étant donné le voile de pollution qui recouvre la ville en permanence, tel un cocon plus-ou-moins translucide.

À notre débarquement, nous réalisons trop tard que nous ne sommes pas devant le pavillon souhaité, plutôt, nous sommes devant un autre temple qui sert de balcon pour admirer le lac en hauteur. Cependant, pour accéder à cette vue, il faut pénétrer l'édifice qui ressemble à un temple et une pagode en même temps (car l'édifice est construit en hauteur) et payer le frais d’entrée, bien sûr. On s’est rendus jusque là, on y va!

Nous escaladons rapidement les marches qui nous mènerons, d’étage en étage, au plus haut point pour regarder le lac. En chemin, nous croisons une fontaine où, pour le prix de dix yuans, dix pièces de monnaie d’un yuan peuvent être achetées, spécifiquement pour être lancées dans la bouche de la statue du poisson qui se trouve au milieu de la structure. Apparemment, selon le préposé, une pièce qui tombe en plein dans la bouche devrait attirer la bonne fortune. Hummmmm. Une fois les pièces lancées, le vendeur les récupère et les revend à un autre individu à la recherche de fortune…

Nous quittons le balcon peu de temps après y être entrés, et partons à la recherche du pavillon Zhūbēi, que nous trouvons non loin de là. Dépourvu d’attrape-touristes, le pavillon a plus de charme, quoique la vue est nulle et donne sur le remonte-pente.

Nous finissons par redescendre la montagne, à pied cette fois, bravant la chaleur, et nous marchons dans divers jardins environnants à la base de la montagne. Nous constatons sans grande surprise que la floraison a eu lieu il y a déjà belle lurette, mais le simple fait de voir beaucoup d’arbres et du gazon nous fait beaucoup de bien, et nous prenons notre temps pour parcourir divers sentiers. Nous traversons une forêt de bambous, et nous écoutons bruisser les feuilles en examinant les graffiti (caractères chinois) gravés sur les troncs. Parsemant le paysage sont quelques couples de nouveaux mariés, sauf que Henning pense qu’il s’agit plutôt de mannequins posant pour des photos destinées à être affichées dans une boutique de vêtements de mariage.

D’ailleurs, en traversant un petit pont, nous croisons un lăowài (étranger), qui semble souffrir dans son costume couleur crème, quoique je ne sais pas si c’est à cause de la chaleur ou plutôt en raison de la magnifique jeune femme chinoise en robe blanche qui lui enlace le bras.

Le temps commence à presser, et nous partons trouver l’autobus qui nous laisse à proximité du musée provincial, où, non loin de là, nous trouvons un petit resto où dîner (ce après avoir descendu un arrêt trop tard et avoir marché dix minutes dans la chaleur infernale). Je fais une horrible sélection (sans le savoir) sur le menu, il faut parfois essayer des trucs nouveaux, et après notre repas, nous nous rendons au Carrefour.

Le Carrefour est une chaîne de supermarchés française, où nous nous approvisionnons pour le chemin du retour en autobus, en plus d’acheter les trucs que nous rêvions d’avoir dans nos armoires pour les prochaines semaines une fois de retour à Nányáng (des pâtes, du VRAI fromage, de la moutarde de Dijon, du thon en conserve, et du café espresso). Nous dépensons une petite fortune et jubilons tout le long du trajet en taxi en retournant à notre auberge, où nous récupérons nos bagages. Nous prenons le temps de nous changer puis nous nous rendons à la station de bus.

Nous sommes un peu en avance, et observons la foule qui déferle dans l’aire d’attente. Soudain, juste à notre droite, un homme au teint cireux apparaît avec les yeux exorbités. Il semble terrifié et fixe un point derrière nous. Il a du sang sur la lèvre inférieure et sur son chandail. Un autre homme fait irruption dans la grande salle et s’arrête net en apercevant l’homme qui a peur, puis il se met à hurler. Il est évident que le sang sur la lèvre de l’un a coulé à la suite de l’assaut de la part de l’autre. D’ailleurs, une fois qu’il arrête d’hurler, (il conclut en disant « vient ici! »), l’homme apeurée, tremblant et très pâle se rend la tête base rejoindre son bourreau. Aussitôt, l’homme agressif le frappe de plusieurs coups de poing au visage. Il s’arrête aussi subitement qu’il a commencé, et retourne dehors. L’autre, qui tente se remettre du choc sans perdre l’équilibre, ramasse les sacs qu’il a échappés et suit diligemment son tortionnaire. L’expression peinte sur son visage me fait sentir tellement mal, il semble complètement anéanti, en état de choc, et à veille de perdre connaissance.

La scène s’est déroulée sans que PERSONNE n’intervienne, pas même le personnel du terminus. Henning et moi nous regardons, hébétés, mais incapable de passer un commentaire.

Le silence qui s’est momentanément installé redevient vacarme et la scène est aussitôt oubliée. C’est la première fois que nous sommes témoins d’une scène de violence en public en Chine.

En nous dirigeant vers notre autobus, nous voyons les gouttes et traînées de sang sur le plancher. Je lève les yeux, complètement horripilée autant par cet éclat de brutalité que par l’indifférence de ceux qui en ont été témoins.

Henning me fait remarquer que notre autobus est digne de notre destination. Je ne peux m’empêcher de sourire en voyant le tas de ferraille qui se dresse devant nous. J’avais dit à Henning, en blague, en montant à bord du bus qui nous menait à Wŭhàn, que le bus était en bon état car nous nous rendions dans une ville développée, et que ça s’accordait avec l’apparence soignée de la clientèle. J’avais ajouté que si ma théorie s’avérait juste, en revenant à Nányáng, il faudrait se considérer chanceux si le bus avait quatre roues et des freins!

Et bien… maintenant que je regarde l’état du véhicule qui devra nous ramener chez nous (en un morceau…), j’aurais bien aimé que ma blague ait pu demeurée une blague, et non pas s’avérer être une prédiction!!

Mais le personnel du bus est absolument charmant. Le manque de propreté et de sécurité du bus sont compensées par l’accueil chaleureux du chauffeur et son offre de nous asseoir dans la première rangée derrière lui. Offre que nous acceptons, voyant le manque d’espace entre les sièges des autres rangées plus loin en arrière.

Et bien voilà, nous avons un autre sept heures de trajet à faire. En espérant que le moteur, la transmission et les freins ne sont pas dans le même état que la carrosserie, nous devrions y parvenir sans trop de problèmes…




© Madeleine Beaudet, 2007. Tous droits réservés.

lundi 15 octobre 2007

CHAPITRE (indéterminé) - Wŭhàn, la fournaise de Chine, jour 3

Paraît-il que Wŭhàn est la ville du déjeuner par excellence, et que les poètes de la Chine impériale l’ont célébrée pour cette raison pendant plusieurs centaines d’années. C’est pourquoi ce matin, nous nous rendons dans l’allée Hùbù Xiàng, où s’entassent une ribambelle de minuscule kiosques dont les pourvoyeurs étalent leur marchandise consistant de mets locaux, certains datant de plus d’un siècle.

Nous choisissons de nous régaler de règànmiàn (qu’on peut directement traduire comme étant des nouilles sèches et chaudes). Ce sont des nouilles précuites, trempées quelques secondes dans de l’eau bouillante avant d’être égouttées puis recouvertes d’une louche de sauce aux arachides et une louche de bouillon, ainsi que des échalotes fraîches et un espèce de légume orange (pas des carottes, de la citrouille??). C’était vraiment goûteux, quoiqu’un peu lourd pour un déjeuner. Une fois n’est pas coutume, mais nos estomacs ne crieront pas famine d’ici un bon bout de temps. Pour ce qui est des autres plats offerts, nous nous contentons d’observer et de nous étonner plutôt que de se risquer à goûter (nous sommes rassasiés de toute façon!). Ce fut donc une expérience appétissante, sinon intriguante, pour le ventre et pour les yeux.

Après le déjeuner, nous tentons de prendre l’autobus pour nous rendre jusqu’au temple Guiyuan dans le district de Hànyáng, l’autre côté du pont à partir de Wŭchāng (le district où nous couchons). Le système des transports en commun est très vaste à Wŭhàn, et il est fort pratique considérant la quantité d’autobus qui desservent les trois districts. Cependant, il n’est pas toujours simple de s’y retrouver. Peu de temps après avoir couru d’un côté à l’autre de la rue adjacente au fleuve, scrutant les divers arrêts où les noms sont inscrits en caractères que je n’arrive pas tous à déchiffrer, nous suons déjà à pleine goutte tellement la chaleur est intense (même à cette heure matinale!). Irrités par la chaleur, et puisque nous voulons maximiser notre temps, et enfin, après tout, nous sommes des touristes en vacances, nous finissons par opter pour un taxi. C'est drôle, on dirait qu'on se sent toujours coupable de monter à bord d'un taxi. Je ne suis pas sûre si c'est parce qu'on veut tenter de se débrouiller seuls et de se sentir comme si on était des habitants locaux, ou si c'est simplement à cause du prix exhorbitant qu'on a l'habitude de payer chez nous pour ce mode de transport (sauf qu'ici en Chine, même dans les grandes villes telles que Běijīng et Shànghăi, les taxis sont très peu coûteux).

Nous restons pris dans le trafic pendant plus de trente-cinq minutes, mais finissons par nous frayer un chemin sur le pont en zigzaguant témérairement entre les autobus, scooters et voitures. Les taxis sont assez casse-cou ici, mais ce n’est pas comparable aux tendances suicidaires de nos chauffeurs à Nányáng. Je contemple les piétons sur le trottoir qui semblent fondre sous la chaleur et l’humidité réputées de la ville. Je ricane malicieusement sur mon siège dans le taxi, où je sèche subtilement mes aisselles détrempées à l’air conditionné.

Au temple, nous nous forçons à être enthousiastes. Je dis que nous nous « forçons » à aborder une attitude positive dès le départ car nous sommes prédisposés à être critique face aux temples en Chine. Nos visites antérieures dans d’autres temples nous ont appris qu’ils se ressemblent tous, mais nous continuons à en visiter, dans l’espoir d’en voir un avec un petit « quelque chose » de différent, comme ce fut le cas à Luòyáng. Surtout que notre guide de voyage dit qu’on y trouve des bâtiments datant des dynasties Ming et Qing. Hélas! Ce temple est horrible et décevant. Les bâtiments ont tous été rénovés et ont perdu leur authenticité historique.

Tout d’abord, alors que nous pénétrons l’enceinte de se dernier, nous suivons les signes en anglais et en chinois qui nous disent de suivre telle ou telle direction. Nous marchons, marchons, marchons sous les vagues d’une chaleur insoutenable. Nous traversons une aire commerciale avec une foule de petits magasins quétaines dont les vendeurs se font agressivement insistants. Enfin, après plus de vingt minutes à trotter avec la langue pendante (IL FAIT CHAAAAAAAUD), nous nous retrouvons à notre point de départ. L’entrée du temple est camouflée dans un coin vers la gauche, alors que tous les panneaux directionnels pointaient vers la droite… Ridicule!

Alors, nous entrons dans le temple, jetons un coup d’œil aux centaines de tortues installées sur des faux pétales de fleurs de lotus dans un espèce d’étang en béton, nous nous demandons comment elles survivent dans cette eau pleine de « schnoutte » puis nous nous désintéressons et partons à la recherche des statues des disciples de Bouddha « qui adoptent des drôles de poses », tel que décrit par les auteurs de notre guide. Nous ne les trouvons pas tout de suite. Nous traversons plutôt quelques salles ordinaires avec des gens qui prient devant des statues quétaines et multicolores.

Personellement, en entrant dans un temple, j'aimerais ressentir une sorte de paix, d'équilibre, de calme, de spiritualité, bref une quelconque atmosphère propice au recueillement ou à la méditation. Je ne suis pas particulièrement enclin à prier ou quoique ce soit du genre, mais un temple, tout comme une église, une mosquée ou une synagogue, semble à mon avis être un endroit idéal pour s'éloigner de la jungle urbaine dans laquelle nous vivons tous les jours, et prendre quelques minutes pour, je ne sais pas, sans nécessairement être pieux, prendre l'occasion de se détendre et s'ouvrir aux paroles des autres. Mais en Chine, les temples bouddhistes visités n'ont su transmettre ce genre d'atmosphère sereine. Des préposés attendent les visiteurs à chaque tournant avec des poignées d'encens à vendre, puis les gens se mettent en file devant la statue de Bouddha, se prosternent moins de quinze secondes, glissent un billet de dix yuan dans une boîte en plexiglass vissée à côté de la statue... Je suis peut-être intransigeante, mais ça ressemble plus à un institut à exaucer les voeux de bonheur et de forturne qu'un endroit pour se recueillir. Peu importe, maintenant que j'ai terminé ma réflexion, je peux dire que, étourdis par les émanations d’encens, nous quittons l'aire surpeuplée et enfumée dans laquelle nous nous trouvons, puis nous tombons par hasard les statues des disciples.

Il y en a une quantité incroyable, tous prisonniers de casiers de verre sale et poussiéreux. Ils sont tellement kitch! Face aux statues, peintes en or et faites en plastique, j’ai de la misère à étouffer mes éclats de rire. Je pouffe un peu et me contrôle du mieux que je peux en constatant à quel point ces horreurs dorées inspirent l’admiration et le respect des dévots qui longent rangée après rangée en scrutant chacune d’entre elles, telles des œuvres d’art.

Peu de temps après avoir posé les pieds en sol bouddhiste, nous quittons le « nirvana » pour nous précipiter aveuglément dans la folie commerciale du district de Hànkŏu. Tanpis pour la spiritualité et les introspections!

Quelques kilomètres en taxi plus tard (une autre tentative de transport en commun ratée), nous arrivons en plein centre-ville. Mais nous ne voulons pas nécessairement magasiner. Nous nous sommes rendus à Hànkŏu sur les rues marchandes pour faire un tour chez… Wallmardeeeeeeee (Walmart)!!!! Hahahaha!!! Nous pénétrons chez le géant américain, et nous nous promenons impunémment dans les allées bourrées d’aliments introuvables à Nányáng. Quelques minutes plus tard, nous sortons avec un sac plein de pain frais, de yogourt, de thon en conserve, de pommes du Chili, de tranches de fromage Kraft et du café instantané. Nous partons à la recherche d’un coin vert digne de notre pique-nique, et trouvons quelque chose à notre goût dans un parc sur la rive ouest du fleuve Yangzi. Nous nous asseyons à l’ombre d’un arbre et faisons des sandwiches au thon (assez ordinaires : pain, thon, et tranches de fromage Kraft), que nous dévorons avec appétit devant le regard ahuri de quelques adolescents assis non loin de nous.

Après avoir rassasié nos estomacs, nous profitons de la lumière particulière de la fin d’après-midi pour partir à la recherche de bâtiments anciens à photographier. Nous en trouvons quelques uns après avoir parcouru plusieurs coins de rues à l’écart des touristes et des centres commerciaux. Les habitants locaux nous dévisagent avec une expression d’incrédulité (des touristes étrangers dans nos petites rues sans intérêt??? Ils doivent être perdus…). Ils ne semblent pas comprendre le charme que nous découvrons en parcourant les minuscules allées où le contraste entre le vieux et le moderne est tellement prenant. Peu importe. Clic-clic, nos appareils photo s’en donnent à cœur joie.

Enfin, la noirceur tombe d’un coup, tel un rideau sur scène, puis nous marchons jusqu’au quai d’embarquement du traversier qui nous ramènera au district de Wŭchāng. Nous soupons à l’auberge (des pââââââtes!!!! Miaaaaaaam) et relaxons le reste de la soirée. Demain, nous rentrons au bercail, mais pas avant 17h30 alors... il reste du temps pour vivre quelques autres péripéties!






© Madeleine Beaudet, 2007. Tous droits réservés.

dimanche 14 octobre 2007

CHAPITRE (indéterminé) - Wŭhàn, la fournaise de Chine, jour 2

Ce matin, nous nous payons la traite : un déjeuner généreux et de style « européen » (selon l’auberge), c’est-à-dire rôties et confiture, deux œufs bouillis, une single de Kraft, un verre de lait froid (et sucré???), du café (instantané) et trois demies tranches d’orange. Ça me semble américain plutôt qu’européen, sauf qu’il y a également une version américaine de ce déjeuner, où les œufs sont frits plutôt que bouillis et l'accompagement comprend du spam; du faux-jambon (viande en conserve, beurk!). Peu importe, européen ou américain, ça goûte bon et ça me rassasie.

Au programme aujourd’hui, la spontanéité d’abord, mais nous commençons par nous rendre à l'université de Wŭhàn pour nous donner un but. Nous avons entendu dire que c’est une université bien cotée (selon nos étudiants), et d’après notre guide de voyage, le campus possède de beaux bâtiments historiques qui datent de la fondation de cette institution, en 1913.

Le guide indique qu’il y a eu une longue bataille sur le campus universitaire pendant la Révolution culturelle en 1967. Des nids de mitrailleuses furent construits sur le toit de la bibliothèque (dans laquelle il n’y a désormais plus aucun livre, une nouvelle bibliothèque a été construite à cet effet), et des tunnels d’approvisionnement ont été creusés dans les collines environnantes.

Comme de fait, la vielle bibliothèque et l'un des dortoirs pour filles sont très beaux, avec des toits dont le style architectural date de la période de la dynastie Ming. Nous avons pris l’autobus non loin de l’auberge jusqu’à l’entrée du campus, et ce ne fut pas évident de trouver les bâtiments convoités. Cependant, avec l’aide d’un étudiant (venu nous voir de lui-même en voyant que nous examinions notre carte de la ville d’un air perplexe), notre quête fut plus simple que si nous avions trotté d’un recoin à l’autre du campus, qui est vraiment très grand.

En gravissant les marches du dortoir, j’aperçois les corridors menant à l’intérieur et me rend compte à ce moment-là qu’il est toujours habité. C’est un dortoir de filles. Je me risque à l’intérieur pendant que Henning se rend sur le toit, en haut duquel un chemin mène à l'ancienne bibliothèque. Je croise deux étudiantes et me risque à les questionner un peu. Elles sont gênées mais répondent à mes questions. Je découvre ainsi que le dortoir est toujours habité, mais il y en a d’autres plus récents et en meilleur état qui hébergent d’autres étudiantes. J’apprends également qu’elles ne résident pas dans le vieux dortoir par choix, que c’est l’administration de l’université qui a le dernier mot sur qui vit où. Le vieux dortoir a beaucoup plus de charme certes, mais les étudiantes témoignent du manque d’espace dans les chambres et je ne peux qu’imaginer comme elles doivent geler l’hiver et crever de chaleur l’été. En me dirigeant vers la sortie après avoir dit aurevoir aux deux étudiantes, je trouve assez comique de voir des affiches de boys band collées sur les portes de chambre, tel qu’on verrait dans n'importe quelle chambre d’adolescente sauf qu'ici, il n'y a que des universitaires.

Henning trouve que, comparés aux étudiants universitaires en Allemagne, l’attitude des étudiants d'ici est plutôt enfantine et naïve et qu'ils démontrent peu de maturité et d'initiative. (Quoique à mon avis, les étudiants canadiens ne sont pas toujours vraiment plus matures!) Il a suggéré un peu à la blague que, étant donné que les jeunes chinois n’ont pas d’enfance (dans la mesure où ils sont accablés de nombreux devoirs et de responsabilités autant à l’école que chez eux), et qu’ils sont traités comme des adultes dès un très jeune âge, ils retombent dans un état d'immaturé une fois qu’ils sont loin de chez eux et qu’ils ont moins de travail à faire. En effet, la charge de travail au niveau universitaire est considérablement moindre comparée aux niveaux primaire et secondaire. Ce n’est pas fou comme théorie!

En tout cas…

Après notre promenade sur le campus, nous nous rendons au musée provincial du Húběi. C’est un édifice moderne et contemporain, lui aussi en forme de pyramide (comme le musée provincial du Hénán), qui offre des explications en anglais fortement appréciées pour comprendre l’histoire existant derrière les objets exposés. Nous découvrons une exposition consacrée à la tombe Zenhouyi, datant de l’année 433 av. J-C (approximativement). Cette tombe a été exhumée en 1978 dans la ville de Suízhōu (non loin de Wŭhàn). Son intérêt réside dans le fait que l’homme retrouvé dans la tombe, surnommé Yi, a été enterré avec plus de sept mille de ses artefacts préférés, incluant une série de soixante-quatre cloches en bronze dont le registre couvre la gamme de 7 notes et sont jouées sur deux tons, démontrant que la Chine ancienne possédait déjà une gamme musicale à l’époque. D’ailleurs, nous avons pu assister à un concert de musique traditionnelle d’une durée de vingt minutes, jouée par des musiciens talentueux sur des reproductions d’instrument anciens, incluant une réplique des dites cloches. C’était vraiment quelque chose à voir et à entendre! Même qu'une des pièces était accompagnée d'une prestation de dance.



Après la visite du musée terminée (cela dit, nous n'avons pas tout vu, il y avait trop d'expositions, exhibées sur quatre étages), nous décidons d’aller nous promener sur une petite portion des rives du lac Dōng Hú (hú veut dire « lac » en mandarin, et dōng veut dire « est »), qui est un énorme lac en plein au cœur du district de Wŭchāng, et qui fait, à mon avis, tout le charme d’une grosse ville polluée comme Wŭhàn. Le lac est vraiment énorme, son étendue couvre 33 km², et la superficie totale du parc, incluant le lac et les terrains environnants, fait 87 km².

Notre promenade ne couvre que quelques kilomètres, ceux plus prêts du musée, donc une fraction à peine de la surface totale du parc. Malgré le peu de terrain exploré, ce que nous voyons est mille fois plus beau que ce que nous avions vu au Palais d'été à Beijing (même concept: jardins, lacs, etc.)

Plutôt que de nous promener à pied, puisque le soleil se prépare à se coucher et que la lumière diminue de minute en minute, nous sautons sur l’occasion de nous louer un tandem pour une durée d'une heure! Je ne suis pas certaine que nous serons capable de nous recroqueviller de sorte à ce que nos jambes puissent pédaler allègrement, mais vu la densité de la foule, nous n’aurons pas l’occasion d’aller vite de toute façon. Cette entreprise s’avère être une idée géniale, et nous avons énormément de plaisir à zigzaguer dangereusement entre les piétons qui forment une masse compacte, progressant à la vitesse d'un escargot tant les chemins sont étroits. Je hurle des duibuqi à plein poumons (pardon! pardon!) pendant que Henning s’entraîne le pouce sur la sonnette en envoyant des nihao! nihao! (bonjour! Bonjour!) à ceux qui nous jettent des regards intrigués (et parfois offusqués).



Je me marre en voyant Henning avec les genoux dans la bouche, et je prends plaisir à observer la motion de mes genoux qui enfoncent malgré eux des coups dans ses fesses. Nos sièges ont été ajustés de sorte à être montés le plus haut possible, mais malgré tout, nous sommes trop grands.

À un moment, emportés par notre élan d’enthousiasme en constatant que nous avons réussi à semer la foule, nous passons une porte et nous nous retrouvons subitement sur la route à l’extérieur du parc. Avis aux intéressés, vous pouvez visionner la vidéo! Mais, après quelques minutes, nous retrouvons une autre entrée et revenons dans le parc, juste à temps pour admirer le coucher du soleil au-dessus du lac.



Fatigués, mais satisfaits de notre journée, nous rentrons à l'auberge, où nous nous délectons devant un sandwich au thon à deux étages. Je n’ai jamais été aussi excitée de manger du poisson… Pas d'huile, pas de chilis épicés, pas de riz, seulement du thon, des concombres, des tomates et de la mayonnaise, mais pas trop. Miiiaaaaaaaam. Je pense qu'une description aussi détaillée d'un sandwich au thon témoigne de notre manque de nourriture « banale », devenue denrée rare.

Demain, nous ne sommes pas certains de notre programme, mais sans doute nous rendrons nous à Hànkŏu pour admirer l'architecture particulière de ce district, ainsi que de voir un temple ou deux si le cœur nous en dit.



© Madeleine Beaudet, 2007. Tous droits réservés.

CHAPITRE (indéterminé) - Wŭhàn, la fournaise de Chine, jour 1

Il est mardi matin, notre autobus quitte la station centrale d’autobus de Nányáng exactement à l’heure prévue, c’est-à-dire 8h20. Le chauffeur annonce que le trajet durera environ sept heures. Malgré les routes cahoteuses, les bouchons, les détours et les « stop-pipi » qui ralentissent notre course, nous arriverons à Wŭhàn sept heures plus tard, pilepoil.

L’autobus est étonnamment propre et bien équipé. L’assistant du chauffeur distribue des petits sacs à déchets (ou à vomi) à chacun
des passagers, et annonce que le trajet est non-fumeur. Je blague à Henning que nous sommes si bien traités car nous nous rendons à Wŭhàn, une ville civilisée. D’ailleurs, tous les passagers semblent bien en moyen. Nous sommes assis dans les sièges numéro 13 et 14, et Henning a deux millimètres d’espace entre ses genoux et le siège en avant de lui. C’est un record pour un autobus chinois. Nous ne cessons de nous étonner du luxe de notre transport par rapport à notre expérience passée en nous rendant à Luòyáng.

Le trajet se déroule bien, et au fur et à mesure que nous parcourons les kilomètres, le paysage change, les villages excessivement pauvres et sales peuplés d’habitants en loques se transforment en banlieues plus développées avec des gens à l’allure prospère, puis les routes en terre battue aux nombreux nid-de-poule font place à une autoroute à l’asphalte lisse et noire qui ferait pâlir de honte la municipalité de Montréal.

Seul désagrément à notre voyage routier : nous sommes assis directement sous les haut-parleurs qui crachent agressivement de la musique chinoise traditionnelle et populaire à tue-tête dans nos oreilles. Après plus d’une heure de tourmente musicale, je fini par demander au chauffeur de baisser le son, et il éteint aussitôt la radio. Je ne voulais pas nécessairement priver le reste des passagers de leur droit d’écouter de la musique à un moins haut volume, mais maintenant que la radio est éteinte, je me fiche bien du droit des autres passagers et savoure cette délicieuse absence de tourmente auditive (sauf pour les conversations sur les cellulaires, le raclage de gorge et les fumeurs qui s’étouffe dans des quintes de toux profondes, mais tout ça n’est que bruit de fond, on est déjà bien habitués!)

Alors, arrivés à Wŭhàn, Henning et moi nous étonnons de la grosseur de la ville, de ses gratte-ciels qui côtoient des bâtiments en décrépitude et du fleuve Yangzi (qu'on appelle Chang Jiang en mandarin) qu’on n’a peine à voir en traversant le pont qui nous mène dans le district de Wŭchāng tellement le smog est dense. C’est le signe typique du développement rapide d’un nouveau centre urbain, commercial et financier, où la richesse l’emporte sur la pauvreté des campagnes environnantes, mais l'environnement en souffre grandement.

Brève mise en contexte avant de continuer mon récit : Wŭhàn est la capitale de la province du Húběi, province située directement au sud du Hénán. Cette ville est un conglomérat de trois arrondissements, autrefois des villes à part entière mais qui furent fusionnées en 1927. Les trois districts se dénomment respectivement Wŭchāng, Hànkŏu et Hànyáng, d’où le nom Wŭhàn (Wŭ de chāng, et le Hàn de Hànkŏu et Hànyáng).

La ville est donc traversée par le fameux fleuve Yangzi, avec Hànkŏu et Hànyáng d'un côté et Wŭchāng de l'autre. Des ponts et des traversiers permettent de se rendre d’une rive à l’autre. Le vrai « centre-ville » et le secteur commercial se trouvent à Hànkŏu, ainsi que le port principal. C’est là qu’on retrouve les gros centres commerciaux et les nombreux magasins dont la réputation fait écho jusqu’à Nányáng. On y retrouve également la plupart des édifices historiques datant de l’ouverture de la ville au commerce étranger après la signature du traité de Nánjīng en 1842 (traité de paix marquant la fin de la première guerre d’opium entre l’empire britannique et la dynastie Qing).

En effet, à divers endroits dans le district de Hànkŏu peut-on apercevoir des bâtiments dont l’architecture d’influence occidentale contraste avec le style d’architecture chinoise moderne (quoique on voit rarement des bâtiments roses tel que celui-ci chez nous, mais j'ai bien dit « d'influence » occidentale, et non pas construits par des occidentaux). Il y a également des bâtiments authentiquement « occidentaux » datant du début du vingtième siècle et qui sont le legs des enclaves britannique, allemande, russe et française dont l’établissement s’était propagé au cours de la période d’industrialisation dans la région après la guerre sino-japonaise de 1895.

Nous demeurons donc dans le nouveau centre financier de Wŭhàn, à Wŭchāng. L'auberge de jeunesse qui nous accueille fait partie de la fédération YHA (Youth Hostels Association). L’atmosphère qui règne alors que nous pénétrons l’aire de réception est sympatique, quoique l’endroit semble plus ou moins désert. Il faut dire qu’il est environ 16h30, et que la plupart des occupants sont sans doute affairés à visiter la ville. La jeune préposée au comptoir nous assigne la chambre 213.



Nous montons à l’étage, et constatons que notre chambre avec salle de bain serait mieux si, au fond, il n’y avait pas de salle de bain. L’odeur de la toilette turque a insidieusement infiltré tous les recoins de la petite chambre. Le personnel offre gentiment de nous relocaliser au premier étage, se qui se révélera être un mauvais choix non seulement à cause du bruit mais surtout parce que la chambre est tellement poussiéreuse que j’éprouve à nouveau les symptômes dérangeant de mes allergies et de mon asthme.

En me voyant la respiration qui cille et le nez complètement bouché le lendemain matin de notre première nuit, la préposée au comptoir croira que j’ai attrapé la grippe et m’offrira sa sympathie. Je lui expliquerai que ce sont mes allergies à la poussière, ce après quoi, gentiment, elle nous offrira de nous changer de chambre une deuxième fois, mais dans une autre chambre que la chambre initiale. C’est ainsi que nous dormirons plus confortablement dans la chambre 203 pour les deux prochaines nuits.

Alors, on peut dire que le personnel est absolument charmant et plus que serviable! Pour ce qui est du reste de l’auberge, les services offerts sont biens et même si on ne peut cuisiner soi-même, les plats offerts par le restaurant de la place sont bons, et enfin l'aire commune où on peut relaxer a du caractère. Les murs témoignent du nombre de visiteurs qui ont séjourné ici au cours des trois années écoulées depuis l’ouverture de l’auberge. Donc nous sommes bien établis à Wŭchāng, et l’auberge est très bien située pour accéder aux divers sites que la ville a à offrir.

Revenons-en au soir de notre arrivée! Nous décidons d’aller nous promener dans les grandes rues commerciales de Hànkŏu, où nous nous rendons en prenant le traversier qui fait la navette du matin au soir entre les rives du Yangzi. Nous sommes un peu affolés en constatant la quantité de monde qui veulent traverser eux aussi. Sauf que les chinois ont le don de déplacer beaucoup de gens efficacement, et malgré la foule qui se presse contre la grille donnant sur le quai, on n’attend que quelques minutes avant de monter à bord du traversier.

Nous profitons de la vue nocturne du pont Chang Jiang et du fleuve qu'il traverse, dont l’eau semble être mauve et bleue en raison de la lumière des néons des édifices sur chaque rive qui se reflète dans les flots (en fait, l’eau est réellement brune à cause de toute la terre et la boue qui jonchent le lit du fleuve). Une fois le bateau accosté à Hànkŏu, les gens se précipitent tous dans l'étroit escalier qui permet d'accéder à la sortie à l'étage au-dessous, créant un énorme bouchon. Nous évitons la foule et admirons le fleuve en attendant que les gens cessent de se bousculer et que l'escalier soit presque vide. Par contre, on se fait crier après par le préposé à la sortie, qui n'est pas content qu'on n'ait ralenti l'embarquement de ceux qui attendent de se rendre à Wŭchāng. On s'entend, un délai de moins de quinze secondes s'est écoulé depuis que la foule a quitté le bateau! Mais bon!

C'est ainsi que nous partons à la conquête des rues piétonnières de Hànkŏu. On observe les piétons plutôt que les vêtements et objets exhibés dans les vitrines de magasin. Il y a tellement de monde! Au bout d'une demie heure, je finis par flancher et entre dans une librairie, où je trouve un excellent dictionnaire pas cher qui devrait m'aider à améliorer mes compétences linguistiques (un dictionnaire du mandarin à l'anglais seulement). Pendant ce temps, Henning arpente les allées du magasin en rigolant pendant qu’il prend des photos des livres allemands-chinois dont les titres sont mal épelés (telle que le démontre la photo de ce dictionnaire chinois-allemand, ou plutôt « deutch » comme ils l'écrivent, sans le « s »)…

Enfin, épuisés par notre trajet en bus jusqu'à Wŭhàn, saoulés par les foules possédées par la folie de consommation, nous rentrons à l’auberge nous coucher.

© Madeleine Beaudet, 2007. Tous droits réservés.
© Madeleine Beaudet, 2007-2009. Tous droits réservés.