Le musée impressionne avant même d’y avoir pénétré. Son architecture en forme de pyramide surprend, mais une fois à l’intérieur, on se laisse charmer par la disposition des diverses expositions. Cet édifice contient des reliques vielles de plus de 14 siècles avant J.-C. Des outils, poteries, armes, vêtements, objets de bronze et de jade de différentes ères y sont exposés, retraçant l’évolution de la culture chinoise de ses débuts jusqu’à aujourd’hui.
Au fur et à mesure que l’on explore les nombreuses salles d’expositions, je me remémore les cours de mes professeurs d’histoire et d’anthropologie de la Chine à l’université de Montréal. Je trouvais parfois abrutissant de devoir apprendre les nombreuses dates correspondant aux diverses époques constituant l’histoire de la Chine (il y en a tellement!), mais le fait de me retrouver devant certains objets extraits de ces périodes anciennes me permet de mieux visualiser ce dont mes professeurs parlaient, de faire revivre cette histoire très riche.
Pour ceux qui aimeraient en apprendre plus sur l’histoire de la Chine, permettez-moi tant bien que mal d’en résumer les grandes lignes en fonction de ce que j’ai vu au musée et de ce que j’ai appris dans mes cours (oui, c’est plutôt ambitieux et ce sera tout-à-fait approximatif, mais c’est juste pour donner une idée globale!).
À l’intérieur du musée, nous retraçons donc les multiples dynasties chinoises en commençant par les Xia (2200-1700 av. J.C.), les Shang (1700 à 1100 av. J.C.) puis les Zhou (1100-221 av. J.C.). Le dernier souverain Shang fut défait par les forces des Zhou il y a environ trois milles ans de cela, et à l’époque le territoire gouverné ne dépassait pas vraiment les frontières actuelles du Shaanxi (province chinoise partageant la frontière ouest du Henan).
Les Zhou établirent leur pouvoir sur un territoire toujours plus vaste, atteignant Beijing au nord puis descendant jusqu’à la base du fameux fleuve Yangzi au sud. Pour surmonter les difficultés liées au fait de régner sur un aussi grand territoire, les Zhou mirent sur pied un régime féodal organisé en villes autour desquelles l’ont construisit des murs. Les Zhou perdirent éventuellement le contrôle des principautés, et il s’en suivit le règne des Zhou occidentaux (-1122 à –256), puis celui des Zhou orientaux (-721 à –221). Le règne des Zhou orientaux se divise en deux périodes connues sous les noms de « Printemps et automne » (-721 à –481) ainsi que « Royaumes combattants » (-453 à –222).
L’époque des Zhou orientaux est reconnue comme étant instable et marque le déclin de l’ordre féodal. Cet ordre était organisé selon des rapports parentaux entre le roi central et les gouverneurs de petits royaumes, et les rituels et les principes familiaux respectaient une stricte hiérarchie. Cependant, même si les individus qui gouvernaient les royaumes en périphérie du royaume central demeuraient des parents du roi, ils perdirent l’habitude de se soumettre à l’autorité du souverain. Cette autonomie de la part des gouverneurs fut accompagnée d’une féroce compétition pour s’approprier plus de pouvoir. Le pouvoir du roi diminua de plus en plus et l’ordre féodal finit par être supplanté par un nouvel ordre compétitif, dominé par la quête du « talent » plutôt que les liens familiaux.
Ainsi, au-delà des liens de parenté, ce sont les gens qui démontrèrent du leadership, une habileté à gouverner, qui prirent le contrôle. Le nombre d’états en compétition fut réduit jusqu’à ce que finalement un état plus puissant domine les autres. Pour ceux qui ont visionné le film « Héro » de Zhang Yimou, vous savez déjà que la Chine fut unifiée en 221 avant J.-C sous l’empereur Qin Shi huangdi de la dynastie Qin après deux cents cinquante ans de guerre (c’est lui qui fit construire l’armée des mille guerriers de terracotta qui protègent encore aujourd’hui sa tombe à de Xī’ān).
En effet, les Qin (221 à 207 av. J.C.) s’imposèrent comme régime unique. Cette dynastie correspond à la naissance de la Chine impériale, où l’empereur incarnera désormais un symbole d’unité suprême. Au fil des dynasties, les divers empereurs et leur armée de fonctionnaires parviendront à réunir les moyens nécessaires pour garder le territoire unifié, pour maintenir une cohésion, et ce jusqu’à la chute de la dernière dynastie (Qing) en 1911.
Dès les Qin (mais plus particulièrement sous les Han), le système féodal fut supplanté par un système bureaucratique. De nombreuses mesures de standardisation furent établies (pour les poids et mesures, l’écriture, le transport, etc.) et avec cette restructuration l’état se centralisa de sorte que le pouvoir de l’empereur se fit connaître un peu partout.
Après la dynastie Qin se succédèrent les dynasties Han (206 av. J.C. à 220 ap. J.-C.), les Trois Royaumes (Wei, Shu, et Wu; 220-80), Jin (265-20), Dynasties du Nord et du Sud (420-589), Sui (581-618), Tang (618-907), les Cinq Dynasties et les Dix Royaumes (907-60), Liao (907-1125), Song (960-1279), Jin (1115-1234), Yuan (1206-1368 : empire mongole gouverné par Kublai Khan, le fils de Genghis Khan), Ming (1368-1644) et enfin Qing (1644-1911). La chute de la Chine impériale en 1911 fit place à la République de Chine, ensuite proclamée République Populaire de Chine par Mao Zedong en 1949.
Voilà, très concis et très approximatif! Revenons-en à notre visite du musée. Au deuxième étage, alors que nous nous rapprochons des dynasties Tang (l’âge d’or pour ce qui est des arts) puis Song, nous découvrons divers objets dont les détails témoignent d’un travail artistique extrêmement raffiné. De superbes bibelots et outils en jade, bijoux et ustensiles en or et en argent y sont exposés.
Au troisième étage, on observe d’autres objets précieux qualifiés par le musée de « trésors nationaux », qui sont en fait les premiers objets déterrés lors de fouilles archéologiques faites dans la région et qui symbolisent le désir d’exposer les richesses du passé et de valoriser l’histoire chinoise. Au quatrième et dernier étage, on retrouve une petite exposition de fossiles d’œufs de dinosaures découverts entre autres dans les villes de Nanyang et Xixia.
Petite parenthèse, pendant la visite, alors que nous nous promenions parmi les diverses salles d’exposition, j’ai bien rit en me rendant compte que la plupart des visiteurs suivaient Henning à distance pour le scruter attentivement, comme s’il faisait lui-même partie des objets exposés derrière les baies vitrées. C’est toujours très drôle de voir les gens remarquer Henning la première fois (ici en Chine). Ils jettent d’abord un bref coup d’œil dans sa direction et puis soudain, complètement hébétés par sa taille, ils manquent de tomber par derrière en le re-regardant des pieds à la tête, les yeux écarquillés et remplis d’incrédulité. Souvent, la scène s’accompagne d’un « ooooooooooooh, 他怎么高!» (Il est tellement grand!)
Il faudrait que je filme la scène quand on se rend au supermarché à Nanyang. Des petits groupes se forment autour de Henning et le suivent dans les diverses allées qu’il parcoure, et ils ne se dispersent même pas quand il se retourne et qu’il les regarde en ne sachant trop quoi faire. Ça ne les gêne aucunement, au contraire, ils le pointent du doigt et rient de bon cœur! Je fais exprès pour le suivre de loin pour pouvoir observer la scène et rigoler un bon coup. (Ça ne le choque pas en passant.)
Une fois, Henning et moi nous rendions au Wandro pour acheter des trucs et alors que nous traversions la rue, un homme sur son vélo s’est exclamé « ooooooh! » en voyant Henning et alors qu’il continuait son chemin, il garda la tête tournée pour pouvoir continuer à regarder, à un point tel qu’il failli tomber de sa bicyclette et entrer en collision avec un pout-pout à trois roues!
Revenons-en au sujet principal de ce chapitre. Rassurez-vous, fini les descriptions historiques, notre visite du musée est terminée! Nous devons maintenant nous rendre à la station centrale d’autobus pour y acheter nos billets. Nous arrivons avec pas mal d’avance, et devons attendre environ trente minutes avant que notre autobus n’arrive et qu’on puisse y embarquer. Ce dernier est particulièrement moderne par rapport à celui qui nous avait conduit de Nanyang à Zhengzhou. Les sièges sont larges, et l’espace devant nos jambes est remarquable.
Je ne sais pas si c’est la fatigue, mais Henning et moi passons une bonne partie du trajet à rire aux larmes (surtout moi, prise d’une série de « fou-rire »). Je pense que c’est surtout la réaction de Henning face à l’homme assis derrière lui qui mange ses noix en faisant un bruit infernal. De nous deux, je suis celle qui perd le plus souvent patience dans des situations parfois désagréables. Par exemple, les gens qui parlent fort sur leur téléphone portable, ceux qui me dévisage sans aucune retenue, etc. Mais aujourd’hui, je découvre pour la première fois depuis que je l’ai rencontré (oui-oui, depuis février 2004!) ce qui peut rendre Henning fou en moins de quinze secondes.
« Peanut-munching Chinese » comme il les appelle. Les chinois qui, plutôt que de manger leur noix, les mâchouillent la bouche ouverte pendant deux minutes entières pour chaque noix. Il me dit indigné :
- Pourquoi, ô POURQUOI est-ce qu’il doit mastiquer ses noix ainsi?!? Habituellement on enlève la coquille avec ses doigts et non pas avec sa bouche, et ensuite, après deux ou trois mastications tu l’avales! Voyons-donc, pas besoin d’en faire une purée en plus de le faire en ouvrant la bouche pour s’assurer que TOUT LE MONDE en connaisse la consistance!!!!!!!!!!!!!!
Il hurle presque en me disant cela, et il me le répétera aux dix minutes pendant quatre heures. Je lui dis qu’à force de me le dire, il devient presque aussi fatiguant que l’homme qui mange ses noix.
- Non mais t’as vu, il a un sac d’un kilo de noix!!!!!!!! Ça va durer TOUT LE TRAJET!!!!!!!!
Un peu plus tard, il me dit :
- Tu sais, si je cachais un secret d’une importance phénoménale, que j’étais James Bond et qu’on voulait me faire parler, on n’aurait qu’à m’enfermer dans une salle avec cet homme aux noix et je parlerais en-dedans d’une minute, c’est garanti.
Je lui suggère alors d’écouter de la musique avec son MP3, mais quelques secondes après avoir enfoncé ses écouteurs sur ses oreilles, il me fait des gros yeux et me dit :
- Je l’entends! Je l’entends quand même!!!! Il va me rendre fou!!!!!!!
Étrangement, moi, ça ne me fait pas un pli.
- Mado, j’ai des fantasmes très violents pour l’arrêter de manger ses noix. Je crois que je suis sadique. J’ai des pulsions, c’est incroyable! Je vais le tuer.
Oui-oui, un peu de contrôle mon amour, plus que deux heures trente de trajet...
- Aaaaaaaaaaaarghhhhhhhhh!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Mais il tient le coup. Je le félicite alors qu’on s’apprête à débarquer de l’autobus et qu’il ne tente pas d’étrangler l’homme aux noix qui, pour couronner le tout, le bouscule en sortant du véhicule. Il me regarde et je vois un éclair de folie dans ses yeux, mais je l’attrape par le bras et le calme d’un regard qui dit « ça ne vaut vraiment pas la peine. »
Nanyang. Nous voici de retour. Le chauffeur de taxi veut connaître notre pays d’origine. Ce n’est pas le premier, et ce ne sera certainement pas le dernier. À chaque fois qu’on dit Canada et Allemagne, et les chauffeurs nous jettent un regard perplexe via le rétroviseur, qui semble vouloir dire qu’ils ne sont plus certains si nous sommes un couple ou non. Je crois que les relations intercontinentales sont très rares à Nanyang.
Nous arrivons enfin devant l’entrée du campus. Nous parcourons à pied la distance entre l’entrée et notre appartement (quelques minutes, pas plus que dix). Nous ouvrons notre porte et constatons avec découragement que nous avons laissé un vrai bordel derrière nous en quittant Nanyang le jour précédent. La laveuse, table à manger, les fauteuils et le sofa, la table basse, le meuble de télévision ainsi que nos chaises de cuisine, tous ce barda s’entasse dans le salon et il nous est presque impossible de traverser le couloir menant à notre chambre et au bureau.
Nous nous promettons de terminer le ménage d’ici le lendemain... mais il nous faudra un autre deux jours complets avant d’y arriver. Et encore là… Le jour où l’on verra dehors au travers nos fenêtres (elles sont quasi opaques tellement elles sont crasseuses), que Adam s’occupera d’exterminer les nombreux nids d’araignées incrustés dans les portes vitrées du bureau (du côté extérieur, fiou!) et enfin que les quatre pouces de saleté accumulées sur le balcon seront nettoyés et qu’on pourra voir le béton à nouveau, je considérerai que l’état de notre appartement approche un niveau décent de propreté. Ce n’est quand même pas être « freak » de ménage d’exiger de telles choses, du moins je ne le pense pas… Ceux qui me connaissent moindrement savent d’ailleurs que ce n'est pas un de mes traits de caractère!
Pour ceux qui aimeraient en apprendre plus sur l’histoire de la Chine, permettez-moi tant bien que mal d’en résumer les grandes lignes en fonction de ce que j’ai vu au musée et de ce que j’ai appris dans mes cours (oui, c’est plutôt ambitieux et ce sera tout-à-fait approximatif, mais c’est juste pour donner une idée globale!).
À l’intérieur du musée, nous retraçons donc les multiples dynasties chinoises en commençant par les Xia (2200-1700 av. J.C.), les Shang (1700 à 1100 av. J.C.) puis les Zhou (1100-221 av. J.C.). Le dernier souverain Shang fut défait par les forces des Zhou il y a environ trois milles ans de cela, et à l’époque le territoire gouverné ne dépassait pas vraiment les frontières actuelles du Shaanxi (province chinoise partageant la frontière ouest du Henan).
Les Zhou établirent leur pouvoir sur un territoire toujours plus vaste, atteignant Beijing au nord puis descendant jusqu’à la base du fameux fleuve Yangzi au sud. Pour surmonter les difficultés liées au fait de régner sur un aussi grand territoire, les Zhou mirent sur pied un régime féodal organisé en villes autour desquelles l’ont construisit des murs. Les Zhou perdirent éventuellement le contrôle des principautés, et il s’en suivit le règne des Zhou occidentaux (-1122 à –256), puis celui des Zhou orientaux (-721 à –221). Le règne des Zhou orientaux se divise en deux périodes connues sous les noms de « Printemps et automne » (-721 à –481) ainsi que « Royaumes combattants » (-453 à –222).
L’époque des Zhou orientaux est reconnue comme étant instable et marque le déclin de l’ordre féodal. Cet ordre était organisé selon des rapports parentaux entre le roi central et les gouverneurs de petits royaumes, et les rituels et les principes familiaux respectaient une stricte hiérarchie. Cependant, même si les individus qui gouvernaient les royaumes en périphérie du royaume central demeuraient des parents du roi, ils perdirent l’habitude de se soumettre à l’autorité du souverain. Cette autonomie de la part des gouverneurs fut accompagnée d’une féroce compétition pour s’approprier plus de pouvoir. Le pouvoir du roi diminua de plus en plus et l’ordre féodal finit par être supplanté par un nouvel ordre compétitif, dominé par la quête du « talent » plutôt que les liens familiaux.
Ainsi, au-delà des liens de parenté, ce sont les gens qui démontrèrent du leadership, une habileté à gouverner, qui prirent le contrôle. Le nombre d’états en compétition fut réduit jusqu’à ce que finalement un état plus puissant domine les autres. Pour ceux qui ont visionné le film « Héro » de Zhang Yimou, vous savez déjà que la Chine fut unifiée en 221 avant J.-C sous l’empereur Qin Shi huangdi de la dynastie Qin après deux cents cinquante ans de guerre (c’est lui qui fit construire l’armée des mille guerriers de terracotta qui protègent encore aujourd’hui sa tombe à de Xī’ān).
En effet, les Qin (221 à 207 av. J.C.) s’imposèrent comme régime unique. Cette dynastie correspond à la naissance de la Chine impériale, où l’empereur incarnera désormais un symbole d’unité suprême. Au fil des dynasties, les divers empereurs et leur armée de fonctionnaires parviendront à réunir les moyens nécessaires pour garder le territoire unifié, pour maintenir une cohésion, et ce jusqu’à la chute de la dernière dynastie (Qing) en 1911.
Dès les Qin (mais plus particulièrement sous les Han), le système féodal fut supplanté par un système bureaucratique. De nombreuses mesures de standardisation furent établies (pour les poids et mesures, l’écriture, le transport, etc.) et avec cette restructuration l’état se centralisa de sorte que le pouvoir de l’empereur se fit connaître un peu partout.
Après la dynastie Qin se succédèrent les dynasties Han (206 av. J.C. à 220 ap. J.-C.), les Trois Royaumes (Wei, Shu, et Wu; 220-80), Jin (265-20), Dynasties du Nord et du Sud (420-589), Sui (581-618), Tang (618-907), les Cinq Dynasties et les Dix Royaumes (907-60), Liao (907-1125), Song (960-1279), Jin (1115-1234), Yuan (1206-1368 : empire mongole gouverné par Kublai Khan, le fils de Genghis Khan), Ming (1368-1644) et enfin Qing (1644-1911). La chute de la Chine impériale en 1911 fit place à la République de Chine, ensuite proclamée République Populaire de Chine par Mao Zedong en 1949.
Voilà, très concis et très approximatif! Revenons-en à notre visite du musée. Au deuxième étage, alors que nous nous rapprochons des dynasties Tang (l’âge d’or pour ce qui est des arts) puis Song, nous découvrons divers objets dont les détails témoignent d’un travail artistique extrêmement raffiné. De superbes bibelots et outils en jade, bijoux et ustensiles en or et en argent y sont exposés.
Au troisième étage, on observe d’autres objets précieux qualifiés par le musée de « trésors nationaux », qui sont en fait les premiers objets déterrés lors de fouilles archéologiques faites dans la région et qui symbolisent le désir d’exposer les richesses du passé et de valoriser l’histoire chinoise. Au quatrième et dernier étage, on retrouve une petite exposition de fossiles d’œufs de dinosaures découverts entre autres dans les villes de Nanyang et Xixia.
Petite parenthèse, pendant la visite, alors que nous nous promenions parmi les diverses salles d’exposition, j’ai bien rit en me rendant compte que la plupart des visiteurs suivaient Henning à distance pour le scruter attentivement, comme s’il faisait lui-même partie des objets exposés derrière les baies vitrées. C’est toujours très drôle de voir les gens remarquer Henning la première fois (ici en Chine). Ils jettent d’abord un bref coup d’œil dans sa direction et puis soudain, complètement hébétés par sa taille, ils manquent de tomber par derrière en le re-regardant des pieds à la tête, les yeux écarquillés et remplis d’incrédulité. Souvent, la scène s’accompagne d’un « ooooooooooooh, 他怎么高!» (Il est tellement grand!)
Il faudrait que je filme la scène quand on se rend au supermarché à Nanyang. Des petits groupes se forment autour de Henning et le suivent dans les diverses allées qu’il parcoure, et ils ne se dispersent même pas quand il se retourne et qu’il les regarde en ne sachant trop quoi faire. Ça ne les gêne aucunement, au contraire, ils le pointent du doigt et rient de bon cœur! Je fais exprès pour le suivre de loin pour pouvoir observer la scène et rigoler un bon coup. (Ça ne le choque pas en passant.)
Une fois, Henning et moi nous rendions au Wandro pour acheter des trucs et alors que nous traversions la rue, un homme sur son vélo s’est exclamé « ooooooh! » en voyant Henning et alors qu’il continuait son chemin, il garda la tête tournée pour pouvoir continuer à regarder, à un point tel qu’il failli tomber de sa bicyclette et entrer en collision avec un pout-pout à trois roues!
Revenons-en au sujet principal de ce chapitre. Rassurez-vous, fini les descriptions historiques, notre visite du musée est terminée! Nous devons maintenant nous rendre à la station centrale d’autobus pour y acheter nos billets. Nous arrivons avec pas mal d’avance, et devons attendre environ trente minutes avant que notre autobus n’arrive et qu’on puisse y embarquer. Ce dernier est particulièrement moderne par rapport à celui qui nous avait conduit de Nanyang à Zhengzhou. Les sièges sont larges, et l’espace devant nos jambes est remarquable.
Je ne sais pas si c’est la fatigue, mais Henning et moi passons une bonne partie du trajet à rire aux larmes (surtout moi, prise d’une série de « fou-rire »). Je pense que c’est surtout la réaction de Henning face à l’homme assis derrière lui qui mange ses noix en faisant un bruit infernal. De nous deux, je suis celle qui perd le plus souvent patience dans des situations parfois désagréables. Par exemple, les gens qui parlent fort sur leur téléphone portable, ceux qui me dévisage sans aucune retenue, etc. Mais aujourd’hui, je découvre pour la première fois depuis que je l’ai rencontré (oui-oui, depuis février 2004!) ce qui peut rendre Henning fou en moins de quinze secondes.
« Peanut-munching Chinese » comme il les appelle. Les chinois qui, plutôt que de manger leur noix, les mâchouillent la bouche ouverte pendant deux minutes entières pour chaque noix. Il me dit indigné :
- Pourquoi, ô POURQUOI est-ce qu’il doit mastiquer ses noix ainsi?!? Habituellement on enlève la coquille avec ses doigts et non pas avec sa bouche, et ensuite, après deux ou trois mastications tu l’avales! Voyons-donc, pas besoin d’en faire une purée en plus de le faire en ouvrant la bouche pour s’assurer que TOUT LE MONDE en connaisse la consistance!!!!!!!!!!!!!!
Il hurle presque en me disant cela, et il me le répétera aux dix minutes pendant quatre heures. Je lui dis qu’à force de me le dire, il devient presque aussi fatiguant que l’homme qui mange ses noix.
- Non mais t’as vu, il a un sac d’un kilo de noix!!!!!!!! Ça va durer TOUT LE TRAJET!!!!!!!!
Un peu plus tard, il me dit :
- Tu sais, si je cachais un secret d’une importance phénoménale, que j’étais James Bond et qu’on voulait me faire parler, on n’aurait qu’à m’enfermer dans une salle avec cet homme aux noix et je parlerais en-dedans d’une minute, c’est garanti.
Je lui suggère alors d’écouter de la musique avec son MP3, mais quelques secondes après avoir enfoncé ses écouteurs sur ses oreilles, il me fait des gros yeux et me dit :
- Je l’entends! Je l’entends quand même!!!! Il va me rendre fou!!!!!!!
Étrangement, moi, ça ne me fait pas un pli.
- Mado, j’ai des fantasmes très violents pour l’arrêter de manger ses noix. Je crois que je suis sadique. J’ai des pulsions, c’est incroyable! Je vais le tuer.
Oui-oui, un peu de contrôle mon amour, plus que deux heures trente de trajet...
- Aaaaaaaaaaaarghhhhhhhhh!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Mais il tient le coup. Je le félicite alors qu’on s’apprête à débarquer de l’autobus et qu’il ne tente pas d’étrangler l’homme aux noix qui, pour couronner le tout, le bouscule en sortant du véhicule. Il me regarde et je vois un éclair de folie dans ses yeux, mais je l’attrape par le bras et le calme d’un regard qui dit « ça ne vaut vraiment pas la peine. »
Nanyang. Nous voici de retour. Le chauffeur de taxi veut connaître notre pays d’origine. Ce n’est pas le premier, et ce ne sera certainement pas le dernier. À chaque fois qu’on dit Canada et Allemagne, et les chauffeurs nous jettent un regard perplexe via le rétroviseur, qui semble vouloir dire qu’ils ne sont plus certains si nous sommes un couple ou non. Je crois que les relations intercontinentales sont très rares à Nanyang.
Nous arrivons enfin devant l’entrée du campus. Nous parcourons à pied la distance entre l’entrée et notre appartement (quelques minutes, pas plus que dix). Nous ouvrons notre porte et constatons avec découragement que nous avons laissé un vrai bordel derrière nous en quittant Nanyang le jour précédent. La laveuse, table à manger, les fauteuils et le sofa, la table basse, le meuble de télévision ainsi que nos chaises de cuisine, tous ce barda s’entasse dans le salon et il nous est presque impossible de traverser le couloir menant à notre chambre et au bureau.
Nous nous promettons de terminer le ménage d’ici le lendemain... mais il nous faudra un autre deux jours complets avant d’y arriver. Et encore là… Le jour où l’on verra dehors au travers nos fenêtres (elles sont quasi opaques tellement elles sont crasseuses), que Adam s’occupera d’exterminer les nombreux nids d’araignées incrustés dans les portes vitrées du bureau (du côté extérieur, fiou!) et enfin que les quatre pouces de saleté accumulées sur le balcon seront nettoyés et qu’on pourra voir le béton à nouveau, je considérerai que l’état de notre appartement approche un niveau décent de propreté. Ce n’est quand même pas être « freak » de ménage d’exiger de telles choses, du moins je ne le pense pas… Ceux qui me connaissent moindrement savent d’ailleurs que ce n'est pas un de mes traits de caractère!
© Madeleine Beaudet, 2007. Tous droits réservés.
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