samedi 10 novembre 2007

CHAPITRE (indéterminé) - À la découverte de Nányáng !

Aujourd’hui, particulièrement réjouis de voir le soleil et du ciel «bleu», Henning et moi avons décidé de profiter de la température clémente pour partir explorer la ville en vélo. Nous voulions faire une telle randonnée depuis déjà longtemps, et en ce beau samedi après-midi pas-trop-froid-pas-trop-venteux, nous décidons que nous devons en profiter avant que le temps froid ne s'installe pour de bon en ce mois de novembre.

Voilà déjà dix mois que nous avons entrepris notre aventure chinoise, et nous ne connaissons toujours pas la ville de Nányáng. Certes, il s’agit d’une petite ville comparée aux grosses métropoles au nord-est et au sud-est du pays, et les petites villes chinoises sont rarement intéressantes (puisqu'elles sont souvent industrielles et dépourvues de vestiges culturels). Cependant, avec un million et demi d’habitants, il doit bien y avoir des choses qui valent la peine d’être vues ici!

Plutôt que de partir à la conquête de musées et de temples (non existants à Nányáng), nous partons à la recherche de surprises inattendues et uniques, quelque chose de surprenant, de typiquement "Nányáng". Nous ne serons pas déçus... peu impressionnés, mais plutôt médusés.

Nous marchons jusqu’au petit magasin de location de vélos situé sur le campus. En nous voyant arriver, la préposée rit nerveusement. Je doute que nous trouverons des montures adaptées à notre stature, surtout Henning, mais nous nous contenterons de ce qui est disponible.

Une fois les sièges montés, Henning peut à peine pédaler un tour complet sans se cogner les genoux sur le guidon. Je m’en tire un peu mieux, quoi que la selle est étrangement positionnée. Peu importe! Enthousiasmés par cette évasion parmi les voitures, les scooters et les autres vélos, nous franchissons la sortie du campus sous le regard ahuri des gardes. J’ai déjà un fou-rire en regardant Henning se déplacer. On croirait voir un adulte sur une bicyclette pour enfant. Nous rions et pédalons, évitant d’inspirer trop profondément l’air contaminé de notre chère ville.

Nous longeons la rue Changjiang (la rue de l’université), retraçant la route empruntée (dans la direction opposée) lors de notre venue au tout début de ce périple, c'est-à-dire en arrivant de l'aéroport de Zhengzhou après environ vingt heures d'avion. Alors que nous pouvions à peine distinguer les magasins en forme de cubes en raison de la pénombre de fin d’après-midi du mois de janvier, nous voyons maintenant clairement les différents commerces à la lumière du jour.

Les magasins sont tous semblables, la marchandise varie un peu d’un endroit à l’autre, mais le paysage est terne, sale et malodorant. Ici et là, quelques édifices émergent et se distinguent par leur architecture ou sinon leur couleur (orange criard semble être la tendance de la saison).



Les gens nous dévisagent (c’est un coin que nous visitons pour la première fois, quoique on nous dévisage même quand on nous reconnaît). Éventuellement, les magasins-cubes font place à d’énormes immeubles appartements de brique rouge, s’élevant sur plusieurs étages. Soudain, nous apercevons l’entrée de ce nouveau développement résidentiel. Sans même ralentir, Henning traverse la porte et disparaît alors que les gardes se lèvent et se tournent vers moi, regard inquisiteur et apparemment quelque peu froissés par une telle incursion sans permission.

Je n’ai d’autres choix que de m’arrêter. J’affiche un sourire et leur dit que nous voulons simplement jeter un regard de curieux sur ces nouveaux édifices. Je sors ma caméra de son étui, puis je prends des photos du plafond de la porte d’entrée (où est peinte une sorte de fresque peu traditionnelle qui ressemble à une reproduction de style européen). Ils me regardent sans trop savoir si je suis en train de me moquer d’eux ou si je suis honnête. Je n’attends pas de savoir ce qu’ils pensent, et je m’éloigne aussitôt en pédalant un peu plus vite que nécessaire et en m’écriant zaijian!! (aurevoir).

Je retrouve Henning en train de tourner en rond au sein du complexe d’habitation. Il me pointe du doigt les colonnes de style athénien, situées sur une aire circulaire en plein milieu des immeubles. En regardant de plus prêt, j’aperçois la sculpture d’un char tiré par des chevaux, dont le casque des conducteurs ressemble à ceux des soldats romains dans Astérix et Obélix. Il semble y avoir un thème d’inspiration gréco-romaine dans ce nouveau développement. Serait-ce une tentative d’élever l’architecture résidentielle de Nányáng à un différent niveau de sophistication? Peu importe la raison, on peut dire que c’est assez singulier.

Nous décidons de poursuivre notre chemin, sans pour autant avoir un but précis. Voyant que le panorama ne varie guère au fur et à mesure que nous progressons sur la rue Changjiang, nous changeons de cap et partons vers le nord. Nous déambulons dans des petites rues transversales et découvrons des bâtiments à moitié détruits, des appartements en décrépitude, et des potagers aménagés à côté (et nourris par) d'énormes montagnes de déchets. Vive l’hygiène alimentaire.

Nous croisons des drôles de petits véhicules surchargés de marchandise non-identifiable, et alors que nous nous aventurons dans une route de terre, nous aboutissons sur la rive sud de la Bai He. Cependant, nous sommes aux abords d’un énorme dépotoir. Des femmes sans âge errent dans les rangées de pourriture, d’objets en décomposition et de carton moisi. Elles nous regardent, les yeux vident d'expression. On dirait des mirages. Mal à l’aise, nous quittons aussitôt ce cul-de-sac.

Nous décidons de trouver un pont pour traverser de l’autre côté de la rivière. C’est ainsi que nous découvrons que Nányáng a un stade, et que près du stage, il y a une drôle de fontaine… Wooooooow. (voir le diaporama)

Notre promenade finie par aboutir au supermarché du centre-ville, ce après quoi nous rentrons sur le campus et rendons les vélos au magasin. Sur le chemin du retour, nous passons par les petites rues du marché de viande, poisson et fruits et légumes en face du campus, dont j’ai d'ailleurs filmé l’activité du mieux que je pouvais (sans avoir un accident).


Voici une petite entrevue avec Henning à propos de notre randonnée alors que nous revenons de faire notre épicerie.


Un bref aperçu du pont que j'avais l'habitude de traverser deux fois par jour le semestre dernier, et qui a été rénové (ce qui n'empêche les gens de mal conduire...)


Le marché de viande, poisson, et fruits et légumes en face du campus. "Everything fresh from the street" comme dit Henning.

Ainsi, pour l’équivalent de trente sous, nous aurons pu faire une randonnée de trois heures, au cours de laquelle nous aurons mis nos poumons à l’épreuve, et nous aurons eu la chance de découvrir quelques nouveaux coins de la ville. Aaaaaaah, Nányáng! YARK!




© Madeleine Beaudet, 2007. Tous droits réservés.

dimanche 4 novembre 2007

CHAPITRE 17 - Poker chez Jason

Le lendemain de notre escapade au marché de jade, Henning est très malade. Ce sont sans doute les jiaozi de notre souper dégueulasse avec Pauline et Guillaume qui font leur effet… Je suis épargnée, dieu merci. Mon pauvre amoureux ne peut même pas se lever tellement il est en mauvais état. Une chance que ce n’est pas moi! (hihi)

Je reste avec lui toute la journée et m’assure qu’il a tout ce dont il a de besoin à portée de main. Le lendemain, alors qu’il reprend du poil de la bête, mais quand même pas assez pour faire autre chose que de lire dans son lit, je me permets de sortir en ville.

Nos amis français ont accepté de m’accompagner et de m’assister dans l’achat d’un petit four. Pauline en a acheté un le semestre dernier, et les délicieux gâteaux au yaourt qu’elle cuisine me convainquent que c’est un investissement qui en vaut la peine. C'est ma dent sucrée qui m'a donné tous les bons arguments. En effet, je pense plus aux desserts que je vais pouvoir faire plutôt qu’aux plats principaux, mais ça, c’est moi.

Je ne m’y connais pas particulièrement en cuisine chinoise, et outre faire du riz et cuisiner quelques plats simples avec notre wok, je ne parviens pas à varier nos repas. Un four pourrait certainement élargir mes horizons culinaires et nous permettre d’échapper aux restaurants du coin. Étonnamment, cuisiner chez soi est plus coûteux que de manger à l’extérieur. Malgré tout, même s'il faut payer cinq fois le prix d’un repas normal, je préfère le concocter moi-même que de manger des repas huileux et qui me donne des problèmes de digestion.

Nous nous rendons donc tous les trois en ville en autobus, puis nous marchons jusqu’à la rue Xinhua, où se trouve le plus gros magasin d’électroménagers de Nányáng (que je sache…). À ma surprise, ce dernier est vraiment immense. Il couvre une énorme surface et possède deux étages. C’est au deuxième que nous trouvons le four. Après avoir monté les marches, je constate qu’il y a au moins huit vendeuses qui jacassent dans un coin, alors que d’autres se promènent parmi les allées à la recherche de clients potentiels. Aucune d’entre elles n’est occupée.

Nous nous dirigeons vers l’allée où se trouve le four, quelque peu intimidés par les regards interrogateurs des vendeuses qui, une fois que nous leur tournons le dos, se mettent aussitôt à murmurer avec excitation. L’étiquette de prix du four indique qu’il coûte plusieurs centaines de yuan. C’est cher, et pas juste pour les chinois! Ayant facilement reconnus Pauline et Guillaume (même si ça fait déjà plusieurs mois qu’ils sont venus), une des vendeuses s’est matérialisé devant nous. En me voyant, elle comprend aussitôt que je suis venue me procurer un four moi aussi.

Avant même qu’on ne puisse tenter de négocier le prix, elle se souvient du montant payé par nos amis français, prix qu’ils avaient réussi à baisser de quelques dizaines de yuan. Je règle la facture, et elle disparaît avec sa copie papier entre les mains. Nous ne recevons aucune indication de sa part ou de celle de la caissière, mais ayant déjà fait affaire avec ce magasin, Pauline et Guillaume me disent que nous devons descendre au premier étage et attendre dehors pour le four, vis-à-vis la porte d’entrée.

Nous attendons plusieurs minutes sur le trottoir, avec le garde de sécurité qui nous dévisage sans scrupule. Enfin, deux hommes apparemment sortis de nulle part apparaissent avec une grosse boîte de carton entre les mains. Ils la dépose devant nous, et s’en vont sans mot dire. Guillaume ouvre la boîte pour moi et, accroupie dans la saleté et la poussière, je m’assure avec Pauline que tous les morceaux sont là. On dirait bien que c’est complet.

Nous prenons ensuite un taxi et nous rendons jusqu’au Datton (super-marché). Pauline et Guillaume font leur épicerie tandis que je me procure moi-même quelques trucs oubliés lorsque Henning et moi sommes venus deux jours plus tôt.

C’est toujours la même histoire. Un petit groupe de vendeurs et de clients peu subtiles se promènent collés les uns contre les autres à un mètre ou deux dernière moi. Je les entends rigoler et résiste difficilement à l’envie de faire volte-face et de leur crier «boooooooooooooouuh!» au visage pour ensuite les voir s’éparpiller en criant. Certains jours, ce comportement rôdeur me faire sourire, d’autres jours (la plupart du temps pour être honnête), ça me rend tellement agressive que je ne me reconnais pas et j’ai alors seulement envie de m’enfermer dans notre appartement à l’abri des regards inquisiteurs et peu discrets!

Alors, une fois les courses terminées, quelques regards exaspérés lancés au hasard pour dissuader les curieux, nous nous dirigeons vers l’extérieur et constatons rapidement que c’est l’heure de pointe et que l’intersection en face du Datton est entièrement congestionnée. Toutes les voies sont bloquées. Bicyclettes, voitures, autobus, piétons, tous sont entassés les uns contre les autres. Au fur et à mesure que les minutes passent, le trafic se déplace à peine de quelques millimètres. Les sons variés de klaxons fusent de toutes parts, et à cette cacophonie assourdissante viennent s’ajouter les effluves d’essence dont l’odeur écœurante s’infiltre dans nos narines et nous font tourner la tête.

Nous réussissons tant bien que mal à nous frayer un chemin sur le passage piétonnier, accrochant les autres piétons au passage tellement nous sommes chargés de paquets. Nous nous éloignons de l’intersection et attendons patiemment la venue d’un taxi qui daignera nous embarquer.

C’est que, si la plupart des taxis ont déjà des passagers, les quelques chauffeurs qui ralentissent et s’arrêtent à notre hauteur, la fenêtre baissée, repartent en trombe avec un signe négatif de la tête lorsque je demande s’ils peuvent nous emmener au NIT. Certains semblent même insultés lorsque je mentionne notre destination! C’est de la folie! Depuis quand les chauffeurs de Nányáng refusent-ils des passagers???

Nous n’avons d’autres choix que d’attendre. Nos nombreux sacs nous empêchent de monter à bord des autobus, qui de toute façon sont déjà tous bondés.

Environ une trentaine de minutes s’écoulent avant qu’un chauffeur accepte ENFIN de nous prendre à bord de son véhicule. Nous réussissons de peine et de misère à entrer nos sacs et le four dans le minuscule coffre-arrière de la voiture, et les sacs restants vont sur la banquette arrière avec Pauline et moi. Nous tentons de ne pas écraser notre épicerie malgré que nous ayons les genoux dans la bouche!

La circulation diminue au fur et à mesure que nous nous approchons du pont et du campus. Une fois arrivés sur place, Guillaume, galant homme, transporte le four jusqu’à notre immeuble. Quel dédale!!! Mais, je pourrai désormais cuire des gâteaux! Miaaaaaaaaam! (sauf que, comme j’en parlerai dans un prochain épisode, il me faudra de MULTIPLES essais avant d’y parvenir!)

Alors que nous entrons au premier étage de notre immeuble, nous rencontrons Jason. Je vois soudain un nuage passer dans les regards de mes compères français, et l’atmosphère devient aussitôt très tendue. Je suis moi-même sur mes gardes, dégoûtée par ma propre réaction, mais pourtant consciente du fait que je ne peux nier ce sentiment d’embarras qui m’assaille à chaque fois que je le croise.

Le petit bonhomme propose une partie de poker chez lui pour le lendemain soir. Je vois Pauline et Guillaume qui hésitent, sauf que Jason insiste vraiment. Je me dis que jouer au poker pourrait être chouette, surtout si nous sommes plusieurs à participer. Je sais que Pauline et Guillaume détestent Jason, et je ne suis pas chaude à l’idée de devoir le côtoyer régulièrement moi non plus, mais un échange de regards suffit pour s’entendre sur la possibilité d’une éventuelle rencontre avec lui. Ainsi, nous acceptons son offre.

Je dois faire une nouvelle parenthèse sur Jason. Depuis que Henning a accepté de passer un peu de temps avec lui, Jason ne cesse de vouloir nous fréquenter (ou plutôt, le fréquenter lui car moi je suis une ‘méchante sauvage’). Suivant l’exemple de Henning, je me dis que nous devons fraterniser avec tous nos collègues incluant ceux avec qui on s’entend moins bien. Nous n’avons toujours pas rencontré John, Peter et Dorothy, mais nous sommes si peu nombreux en tant qu’étrangers dans cette ville, en plus de cohabiter au sein d’un même immeuble, que nous avons intérêt à bien nous entendre.

Malheureusement, certains événements au cours des prochaines semaines auront pour résultat de nous éloigner de deux de nos voisins… Mais en attendant, nous continuons à vouloir bien nous entendre avec tout le monde. (Sauf qu’avec Pauline et Guillaume, on s’entend bien pour de vrai!)

Au fil des rencontres avec notre ‘voisin du Sud’, nous découvrirons qu’il a une très mauvaise relation avec ses parents. Il a rencontré son père pour la première fois il y a quelques années de cela. Sa mère lui avait dit qu’elle avait perdu sa trace, mais avait menti sur le fait qu’elle savait réellement où il se trouvait. Son père est un pilote dans l’armée ou quelque chose du genre. Sa mère s’est remariée et Jason ne s’entend pas bien avec son beau-père. Il a grandi dans le Maryland avec sa mère et son beau-père, et a présentement une copine qui l’attend aux États-Unis (Heather, qui est venue le voir pendant les vacances de Noël). Après son contrat ici, Jason nous a dit qu’il souhaitait devenir un agent du CIA. « I want to serve my country and show my appreciation for all it’s done for me ». Whatever works for you!

Fin de la parenthèse…

Alors, le lendemain, Henning se sent mieux, et en soirée, nous allons rejoindre Pauline et Guillaume et nous nous rendons chez Jason au quatrième étage pour jouer au poker.

Nous pénétrons dans son appartement, et nous apercevons aussitôt Jason qui sautille partout tellement il semble stressé de recevoir autant de monde chez lui en même temps (même si c’est lui qui en a eu l'idée). Il parle trop fort et encore plus que d’habitude. Il nous offre à boire, sauf que nous avons apporté de la bière et du vin avec nous. Il s’affaire à ouvrir la bouteille de vin, qu’il échappe aussitôt parterre! Par chance, la bouteille n'éclate pas. Une fois tout le monde servit, il ouvre le congélateur et sort une bouteille de Jack Daniels. Il en offre à tout le monde, mais nous déclinons tour à tour. Il se sert à boire, et enfile plusieurs petits verres coup sur coup.

Il lâche un gros soupir, puis se détend un peu, et il commence à nous expliquer les règles du jeu (pour les novices comme moi). Il a un vrai jeu de poker avec lui, que son oncle lui a envoyé des États-Unis. Nous jouons plusieurs parties, et en fin de soirée, c’est Jason qui gagne! Je perds tous mes jetons la première, étant sans doute la pire bluffeuse imaginable (c’est ma première partie de poker à vie, et je n’ai même pas eu de beginners luck!).

En fin de compte, la soirée fut agréable, même si quelque fois un peu tendue, Jason se lançant dans des tirades sur son pays, sur ses talents de joueur de poker, et ses nombreuses aventures à travers le monde. Ses anecdotes sont parfois un peu tirées par les cheveux, mais elles n’en demeurent pas moins divertissantes! Et voilà le potinage qui commence déjà... hihi... à suivre!


© Madeleine Beaudet, 2007. Tous droits réservés.

CHAPITRE 19 - Maudit gâteau!

Moi qui croyais que l’achat d’un four me permettrait d’élargir mes horizons culinaires et, entre autres, d’apprendre à faire le ‘gâteau au yaourt’ de Pauline… Aujourd’hui, après ma sixième tentative, j’ai vraiment envie de jeter le four par la fenêtre et de massacrer le maudit gâteau que je n’arrive PAS à réussir!!!!!!!!!!!!!

Je ne serai jamais un cordon bleu. C’est un fait. La cuisine est un art. Un art dans lequel je n’excellerai jamais et pour lequel je n’ai aucune prédisposition naturelle. Je vis très bien avec cette condition pathologique, et si mes aptitudes pour la cuisine ont quelques peu évoluées au cours des dernières années, c’est à peine si je peux me qualifier comme étant novice. Dans ce cas-ci, ‘novice’ étant un synonyme de ‘pathétique’.

Ma mère à eu la gentillesse et la générosité de m’envoyer un moule à gâteau et un moule à muffins en silicone par la poste, ainsi que des tasses et cuillères à mesurer pour me permettre de me lancer dans la préparation de desserts et autres recettes.

J’avais foi en mes nouveaux outils de cuisine, à un point tel que je croyais sincèrement que je réussirais mon gâteau.

Le gâteau est TELLEMENT simple à préparer! Trois œufs, un peu de farine, un peu de yogourt, de la poudre à pâte et du sucre. C’est tout! Quand Pauline le fait, il est vraiment bon, quand Guillaume le prépare, il est absolum
ent magnifique et délicieux! Moi, ça ressemble à une espèce de galette jaune pâle mal cuite. J’ai beau mettre un peu plus de farine, un peu moins de farine, un peu plus de yogourt, un peu moins de yogourt, plus de poudre à pâte, moins de poudre à pâte… Rien à faire!!!!!

Le premier essai, j’ai calciné le gâteau (c’est ainsi que j’ai découvert que mon four chauffe beaucoup plus qu’un four normal). J’en suis à ma sixième tentative, et si je parviens à ne pas brûler mon gâteau, j’obtiens toujours le MÊME RÉSULTAT, une galette sans goût et sans volume!!!!!

J’ai donc massacré le dernier gâteau. Assez, c’est assez. Je l’ai physiquement attaqué. Après m’être défoulée (Henning, grandement amusé par mes simagrées, n’a pu faire autrement que de
me prendre en photo en plein action), j’ai juré que je n’arrêterai pas d’essayer de faire ce gâteau jusqu’à ce que j’obtienne le même résultat que Popo et Gus. Ça va coûter cher d’œuf et de farine, mais je m’en fiche. C’est impossible. Pauline ne peut faire autrement que de rigoler quand je lui raconte chacun de mes échecs. Elle m’a promis qu’elle m’aiderait pour le prochain essai.

Entre temps, question d’éviter un autre massacre de gâteau, je veux tenter de faire la recette de pain aux bananes de ma mère. C’est plus long à préparer que le gâteau au yaourt, et il me manque le bicarbonate de soude. Je me dis que ça ne peut pas être si grave que ça. Il ne s’agit que d’une petite cuillerée à thé… ça ne peut quand même pas faire une énorme différence!



Et c’est un nouvel échec. Après un peu de recherche sur le web, je réalise que ce n’est pas la poudre à pâte qui fait lever le gâteau, mais bien la réaction chimique entre le bicarbonate de sodium, l’œuf et le sel…

Je suis maintenant convaincue que la ‘p’tite vache’ est mon ingrédient magique, celui qui m’apportera la gloire des gâteaux! Mais comment trouver cet ingrédient??? Ça se dit comment bicarbonate de sodium en chinois??? Je cherche dans mon dictionnaire, sur Internet, je lis les commentaires écrits par divers internautes sur leurs blogs, dans des forums, etc. Pourtant, les diverses expressions chinoises obtenues ne me disent rien. Qu’arrive-t-il si je présente mon bout de papier avec tous ces différents caractères et que j’achète un ingrédient ultra chimique et non comestible sans même le savoir?

Je me rends au Wandro et tente ma chance. C’est un échec. J’approche différentes étalagistes, qui me lancent toutes le même regard perplexe. Décidemment, mes sources ne sont pas fiables.

Je me laisse décourager, mais après quelques jours, je décide de retourner au Wandro et d’aller tenter ma chance avec le boulanger du supermarché! Impossible qu’il parvienne à faire des gâteaux et des muffins sans bicarbonate de soude!

Le pauvre jeune homme derrière le comptoir est confus lorsque je lui présente mon papier. Je me mets à mimer. C’est rarement une technique efficace car les chinois ne jouent pas souvent aux charades et le jeu 'Cranium' n’existe pas ici! Malgré tout, à force de pointer les muffins et gâteau, de faire des gestes de gonflements avec mes bras, de dire la couleur blanche et montrer les sacs de farine pour lui signifier que je parle de poudre blanche qui fait gonfler les gâteaux, je finis par voir ses yeux s’illuminer! Il me dit toutes sortes de choses que je ne comprends pas, et j’hausse les épaules, désespérée. Il continue d’essayer de me faire comprendre ce dont il parle, et finit par me dire « quand tu en mets trop dans ton mélange, ça goûte très mauvais, et cet ingrédient ne se mange pas par lui-même ». Je pense bien qu’on parle de la même chose.

Il se penche et disparaît sous son comptoir puis réapparaît quelques minutes après avec un petit sac en plastique qu’il a rempli de poudre blanche. Il me le tend, et en regardant son contenu de plus près, je constate par la texture de cette poudre qu’on ne peut s’y méprendre, c’est bel et bien du bicarbonate de sodium!

Je demande où je peux m’en procurer. Il m’affirme que ça ne se vend pas ici. Je bats des cils et demande si lui, le boulanger du magasin, peu m’en refiler un p’tit peu pour un prix modique question que je fasse mes gâteaux comme je l’entends. Il me regarde surpris et me demande « tu fais tes propres gâteaux?? ». Je fais signe que oui, et lui promets de les lui faire goûter s’il accepte de me vendre du bicarbonate de sodium. Il rigole, gêné, et me fait signe qu’on a une entente.

Il rempli le sac au tiers, me charge quinze sous et me guide à la sortie du magasin, où il fait signe au tamponneur de me laisser passer même si je n’ai pas de facture. Trop cool!!!

Comme de fait, c’était mon ingrédient magique. Grâce à lui, je ferai d’excellents pains aux bananes, muffins et gâteau au yaourt bien gonflés au cours des prochains mois!!!!!




© Madeleine Beaudet, 2007. Tous droits réservés.



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