Je tirerai une leçon de cette expérience. Toujours faire confiance à son instinct. Malgré que j’en étais consciente à cause de mes voyages précédents, au cours desquels mon instinct m’a sauvé plus d’une fois de situations malencontreuses, je me rends compte qu’on oubli vite puisque dans nos vies confortables et réglées par notre quotidien, l’instinct perd son utilité et son efficacité de par le fait de n’être presque jamais interpellé.
Une femme enveloppée dans un manteau de duvet blanc salit par la pollution arrive en courant (il en faut de la détermination pour acheter un manteau blanc en Chine!). Elle ne devrait pas pouvoir passer les barreaux de la sortie pour entrer nous rejoindre où nous sommes, mais elle a quand même réussit. Il s’agit d'Ellen. Nous découvrirons assez rapidement que ce petit bout de femme réussit bien des choses qui paraissent aux premiers abords impossibles.
Ellen est la dame avec qui nous faisions affaire par courriel avant notre départ. Elle est responsable du bureau des affaires étrangères au Nanyang Institute of Technology (NIT), et s’occupe de recruter des professeurs d’anglais à l’étranger. Nous réaliserons rapidement que, malgré une logique parfois impossible à comprendre (et qui peut paraître comme de l’incompétence ou un manque de jugement, mais qui est en fait est de la sagesse et le résultat d'une longue expérience), elle est extraordinaire et d’une aide précieuse, pour ne pas dire indispensable.
Nous lui serrons la main, faisons de brèves salutations, puis tout de suite elle nous presse de la suivre. Nous lui expliquons le problème des bagages… Elle dit « oooooooh, hummmmmm. » Puis elle se précipite vers le garde à la sortie qui a normalement pour responsabilité d’empêcher les gens (trop pressés d’accueillir leurs visiteurs) de pénétrer l’arène des carrousels à bagages (??). Il lui pointe une porte double dans le mur à gauche d’un des carrousels.
Nous nous y précipitons, devons cogner à quatre reprises avec toujours plus d’ardeur avant que l’on daigne nous ouvrir. On retrouve dans cette pièce trois représentants d’aéroport, un petit comptoir, un téléphone et un vieil ordinateur.
Ellen leur explique notre situation en chinois. Mon cerveau, qui m’est désormais inutile pour les prochaines heures, ne capte que les mots « bagages pas arrivés ». Ils se parlent entre eux pendant ce qui nous semble être une éternité. Bla-bla-ci, bla-bla-ça, attendez, montrez-nous vos collants de bagages collés derrière vos cartes d’embarquement.
- Voilà monsieur. Je lui tends les papiers.
- Vous dites trois valises, alors pourquoi il n’y a-t-il que deux collants ici?
- Mais on s’en fiche monsieur, ils ont sûrement mis un collant pour Henning pour sa valise, et un collant pour moi où sont enregistrées les deux autres valises…
- Deux collants, ça veut dire deux valises.
- Non-non-non monsieur, (tabar…), appelez donc l’aéroport à Beijing et vous constaterez vous-même que trois valises sont demeurées sur le carrousel là-bas.
Il regarde ses collègues, échange quelques paroles avec elles.
- Nous ne pouvons pas vous croire sans preuves.
Je me demande s’il a déjà vu de la fumée sortir des oreilles de quelqu’un…
- Monsieur, pourquoi, ô pouquoi inventerions nous le fait d’avoir une troisième valise s’il n’y en avait que deux? Pour voler une valise à quelqu’un d’autre alors que c’est impossible de toute façon???
Je ne dis rien de plus à Ellen pour qu’elle traduise car je sais qu’en bout de ligne, après un peu plus de « niaisage » il finira bien par téléphoner à Beijing. ................ Voilà c’est fait.
- Il y a trois valises à Beijing à votre nom. Décrivez-les moi.
- Biensûr monsieur, deux gros sac-à-dos, un bleu foncé et un vert forêt, puis un sac cylindrique bleu à poignées, ça va, assez précis? On peut vous dire le contenu aussi, la marque des sacs…
- Vous auriez dû passer les douanes à Beijing, tous le monde doit passer les douanes à Beijing, impossible de prendre un vol interne sans passer les douanes avec vos bagages.
- Sans aucun doute monsieur, pourtant, nous voici, sans valises et sans avoir passé les douanes.
J’entends Ellen leur dire que c’est notre faute mais de régler le problème maintenant (même si, en fait, c’est la faute d’Air Canada qui nous a mal informé, ou celle des autorités chinois es qui n’ont jamais dit aux compagnies aériennes internationales que les bagages doivent absolument être récoltés à Beijing avant de se rendre ailleurs…
Encore de la discussion, et puis enfin…
- Okay ça va, c’est réglé… ah non, attendez… Un téléphone est fait, bla-bla-bla en chinois… Bon là ça va.
- Oh oui vous en êtes certains?
- Oui-oui, allez vous-en et nous vous téléphonerons une fois les bagages arrivés, ou sinon présentés vous demain à neuf heures du matin, le vol de Beijing aura atterrit.
Nous embarquons plein d’espoir (et non plein de soulagement) dans la voiture du chauffeur qui nous attendait dehors pendant tout ce temps. Il fait froid et venteux. Nous quittons l’aéroport.
- Alors Ellen, nous restons donc coucher à Zhengzhou puis venons récolter les bagages demain matin?
- Non-non, nous retournons à Nanyang, le chauffeur doit ramasser des nouvelles personnes demain à Nanyang pour ensuite les ramener à Zhengzhou.
Quoi????
- Mais alors, les bagages?
- Oh, hummmm.
Elle parle au chauffeur, ils semblent s’obstiner un peu. Enfin, elle me répond.
- Okay, pas de problème, le chauffeur repassera éventuellement à l’aéroport et prendra vos bagages pour vous, sûrement demain.
- Euh, non. Comment pourra-t-il les reconnaître, et nous ne lui laisserons certainement pas nos collants de bagages, notre seule preuve de l’existence de nos bagages, et s’il les perdait??
- Hummmm.
- Il serait plus simple de rester à Zhengzhou ce soir et régler l’histoire des bagages avant de rentrer à Nanyang, qui est à presque quatre heures de route de Zhengzhou.
Pause. Discussion entre Ellen et le chauffeur. Le ton monte. Chauffeur: « Ching-ching-chang-chang-chaaaaaaang!!! Ching-chang- chiiiiiiiiiiiiiiiing! Aaaaaargh! » Ellen: « Oooooooooh, ching-chang-ching-chang, ching-ching? » Chauffeur: « Aaaaaaargh, chiiiiiiiiiing! ». Et ça continue pendant plusieurs minutes, et on continue de s’éloigner de l’aéroport.
Ellen se retourne vers nous.
- Hummmmm. Vous pourrez revenir mardi (nous somme samedi soir en passant), les bagages seront là et le chauffeur pourra revenir avec vous.
- Non. Nous ne quitterons pas Zhengzhou sans nos bagages, et nous n’attendrons certainement pas à mardi pour les avoir, nous n’avons aucun vêtements de rechange.
- Hummmmm.
- Ellen, on s’en fiche, laisse-nous ici à Zhengzhou, nous prendrons le bus ou le train pour retourner à Nanyang, et voilà c’est tout.
Un autre échange en chinois, et le ton continue à monter.
Espoir. Alors que le véhicule s’apprête à traverser la grande porte symbolisant la sortie du territoire de l’aéroport, il se halte en plein milieu du gros rond point, non loin d’un hôtel.
La discussion en chinois se poursuit. Pause. Ellen entreprend d’appeler plusieurs personnes, reprend son discours du départ à chaque fois « bagages pas arrivés… bla-bla-bla, neuf heures demain matin, bla-bla-bla… ». Elle raccroche. Le manège continue, un autre appel, et encore un autre.
Enfin, après tout ce temps, et après que quelques véhicules téméraires soient passés en flèche à côté de nous en nous frôlant et nous klaxonnant avec reproche, le chauffeur (rallume ses phares) et nous conduit à l’hôtel.
Henning partagera une chambre avec le chauffeur, et moi-même avec Ellen. Les chambres sont couci-couça, les draps semblent plus-ou-moins propres, je m’en fiche tellement (mais teeeeeellement!). Je m’écroule sur le lit toute habillée. Elle ouvre la télévision et entreprend de rattraper les heures de télé-savons qu’elle a manquées au cours des dernières semaines. J’ai beau être morte de fatigue, je n’arrive pas à m’endormir, harcelée par les voix aiguës qui parlent en chinois.
- Ellen, alors demain, nous allons chercher les bagages?
- Oui, nous déjeunerons puis nous irons chercher les bagages.
- Les bagages seront-ils là? Pourquoi je pose cette question? Veux-je vraiment entendre la réponse que je connais déjà?
- Hummmmmmm. Ouais. (rires) J’espère.
Aïe-aïe-aïe. Je me pince le bras. Peut-être me suis-je déjà endormie, que je suis encore dans l’avion qui me mène à Zhengzhou… Non. Je suis vraiment en Chine.
Une femme enveloppée dans un manteau de duvet blanc salit par la pollution arrive en courant (il en faut de la détermination pour acheter un manteau blanc en Chine!). Elle ne devrait pas pouvoir passer les barreaux de la sortie pour entrer nous rejoindre où nous sommes, mais elle a quand même réussit. Il s’agit d'Ellen. Nous découvrirons assez rapidement que ce petit bout de femme réussit bien des choses qui paraissent aux premiers abords impossibles.
Ellen est la dame avec qui nous faisions affaire par courriel avant notre départ. Elle est responsable du bureau des affaires étrangères au Nanyang Institute of Technology (NIT), et s’occupe de recruter des professeurs d’anglais à l’étranger. Nous réaliserons rapidement que, malgré une logique parfois impossible à comprendre (et qui peut paraître comme de l’incompétence ou un manque de jugement, mais qui est en fait est de la sagesse et le résultat d'une longue expérience), elle est extraordinaire et d’une aide précieuse, pour ne pas dire indispensable.
Nous lui serrons la main, faisons de brèves salutations, puis tout de suite elle nous presse de la suivre. Nous lui expliquons le problème des bagages… Elle dit « oooooooh, hummmmmm. » Puis elle se précipite vers le garde à la sortie qui a normalement pour responsabilité d’empêcher les gens (trop pressés d’accueillir leurs visiteurs) de pénétrer l’arène des carrousels à bagages (??). Il lui pointe une porte double dans le mur à gauche d’un des carrousels.
Nous nous y précipitons, devons cogner à quatre reprises avec toujours plus d’ardeur avant que l’on daigne nous ouvrir. On retrouve dans cette pièce trois représentants d’aéroport, un petit comptoir, un téléphone et un vieil ordinateur.
Ellen leur explique notre situation en chinois. Mon cerveau, qui m’est désormais inutile pour les prochaines heures, ne capte que les mots « bagages pas arrivés ». Ils se parlent entre eux pendant ce qui nous semble être une éternité. Bla-bla-ci, bla-bla-ça, attendez, montrez-nous vos collants de bagages collés derrière vos cartes d’embarquement.
- Voilà monsieur. Je lui tends les papiers.
- Vous dites trois valises, alors pourquoi il n’y a-t-il que deux collants ici?
- Mais on s’en fiche monsieur, ils ont sûrement mis un collant pour Henning pour sa valise, et un collant pour moi où sont enregistrées les deux autres valises…
- Deux collants, ça veut dire deux valises.
- Non-non-non monsieur, (tabar…), appelez donc l’aéroport à Beijing et vous constaterez vous-même que trois valises sont demeurées sur le carrousel là-bas.
Il regarde ses collègues, échange quelques paroles avec elles.
- Nous ne pouvons pas vous croire sans preuves.
Je me demande s’il a déjà vu de la fumée sortir des oreilles de quelqu’un…
- Monsieur, pourquoi, ô pouquoi inventerions nous le fait d’avoir une troisième valise s’il n’y en avait que deux? Pour voler une valise à quelqu’un d’autre alors que c’est impossible de toute façon???
Je ne dis rien de plus à Ellen pour qu’elle traduise car je sais qu’en bout de ligne, après un peu plus de « niaisage » il finira bien par téléphoner à Beijing. ................ Voilà c’est fait.
- Il y a trois valises à Beijing à votre nom. Décrivez-les moi.
- Biensûr monsieur, deux gros sac-à-dos, un bleu foncé et un vert forêt, puis un sac cylindrique bleu à poignées, ça va, assez précis? On peut vous dire le contenu aussi, la marque des sacs…
- Vous auriez dû passer les douanes à Beijing, tous le monde doit passer les douanes à Beijing, impossible de prendre un vol interne sans passer les douanes avec vos bagages.
- Sans aucun doute monsieur, pourtant, nous voici, sans valises et sans avoir passé les douanes.
J’entends Ellen leur dire que c’est notre faute mais de régler le problème maintenant (même si, en fait, c’est la faute d’Air Canada qui nous a mal informé, ou celle des autorités chinois es qui n’ont jamais dit aux compagnies aériennes internationales que les bagages doivent absolument être récoltés à Beijing avant de se rendre ailleurs…
Encore de la discussion, et puis enfin…
- Okay ça va, c’est réglé… ah non, attendez… Un téléphone est fait, bla-bla-bla en chinois… Bon là ça va.
- Oh oui vous en êtes certains?
- Oui-oui, allez vous-en et nous vous téléphonerons une fois les bagages arrivés, ou sinon présentés vous demain à neuf heures du matin, le vol de Beijing aura atterrit.
Nous embarquons plein d’espoir (et non plein de soulagement) dans la voiture du chauffeur qui nous attendait dehors pendant tout ce temps. Il fait froid et venteux. Nous quittons l’aéroport.
- Alors Ellen, nous restons donc coucher à Zhengzhou puis venons récolter les bagages demain matin?
- Non-non, nous retournons à Nanyang, le chauffeur doit ramasser des nouvelles personnes demain à Nanyang pour ensuite les ramener à Zhengzhou.
Quoi????
- Mais alors, les bagages?
- Oh, hummmm.
Elle parle au chauffeur, ils semblent s’obstiner un peu. Enfin, elle me répond.
- Okay, pas de problème, le chauffeur repassera éventuellement à l’aéroport et prendra vos bagages pour vous, sûrement demain.
- Euh, non. Comment pourra-t-il les reconnaître, et nous ne lui laisserons certainement pas nos collants de bagages, notre seule preuve de l’existence de nos bagages, et s’il les perdait??
- Hummmm.
- Il serait plus simple de rester à Zhengzhou ce soir et régler l’histoire des bagages avant de rentrer à Nanyang, qui est à presque quatre heures de route de Zhengzhou.
Pause. Discussion entre Ellen et le chauffeur. Le ton monte. Chauffeur: « Ching-ching-chang-chang-chaaaaaaang!!! Ching-chang- chiiiiiiiiiiiiiiiing! Aaaaaargh! » Ellen: « Oooooooooh, ching-chang-ching-chang, ching-ching? » Chauffeur: « Aaaaaaargh, chiiiiiiiiiing! ». Et ça continue pendant plusieurs minutes, et on continue de s’éloigner de l’aéroport.
Ellen se retourne vers nous.
- Hummmmm. Vous pourrez revenir mardi (nous somme samedi soir en passant), les bagages seront là et le chauffeur pourra revenir avec vous.
- Non. Nous ne quitterons pas Zhengzhou sans nos bagages, et nous n’attendrons certainement pas à mardi pour les avoir, nous n’avons aucun vêtements de rechange.
- Hummmmm.
- Ellen, on s’en fiche, laisse-nous ici à Zhengzhou, nous prendrons le bus ou le train pour retourner à Nanyang, et voilà c’est tout.
Un autre échange en chinois, et le ton continue à monter.
Espoir. Alors que le véhicule s’apprête à traverser la grande porte symbolisant la sortie du territoire de l’aéroport, il se halte en plein milieu du gros rond point, non loin d’un hôtel.
La discussion en chinois se poursuit. Pause. Ellen entreprend d’appeler plusieurs personnes, reprend son discours du départ à chaque fois « bagages pas arrivés… bla-bla-bla, neuf heures demain matin, bla-bla-bla… ». Elle raccroche. Le manège continue, un autre appel, et encore un autre.
Enfin, après tout ce temps, et après que quelques véhicules téméraires soient passés en flèche à côté de nous en nous frôlant et nous klaxonnant avec reproche, le chauffeur (rallume ses phares) et nous conduit à l’hôtel.
Henning partagera une chambre avec le chauffeur, et moi-même avec Ellen. Les chambres sont couci-couça, les draps semblent plus-ou-moins propres, je m’en fiche tellement (mais teeeeeellement!). Je m’écroule sur le lit toute habillée. Elle ouvre la télévision et entreprend de rattraper les heures de télé-savons qu’elle a manquées au cours des dernières semaines. J’ai beau être morte de fatigue, je n’arrive pas à m’endormir, harcelée par les voix aiguës qui parlent en chinois.
- Ellen, alors demain, nous allons chercher les bagages?
- Oui, nous déjeunerons puis nous irons chercher les bagages.
- Les bagages seront-ils là? Pourquoi je pose cette question? Veux-je vraiment entendre la réponse que je connais déjà?
- Hummmmmmm. Ouais. (rires) J’espère.
Aïe-aïe-aïe. Je me pince le bras. Peut-être me suis-je déjà endormie, que je suis encore dans l’avion qui me mène à Zhengzhou… Non. Je suis vraiment en Chine.
© Madeleine Beaudet, 2007. Tous droits réservés.
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