jeudi 15 février 2007

CHAPITRE 1 - Le départ

26 janvier 2007. Il est 4h45 du matin et l’alarme de mon réveil-matin n’a le temps de sonner qu’une fois avant que ma main ne s’écrase sur le bouton d’arrêt. J’étais bel et bien endormie, mais l’excitation et le stress m’ont empêché de sombrer dans un sommeil profond.

Peu importe l’heure du réveil, Henning a toujours besoin de plusieurs secousses vigoureuses avant de s’extirper de son coma nocturne, mais lui non plus ne semble pas avoir dormi très profondément cette nuit et il se lève docilement.

Nos sacs sont prêts, Henning a fait ses bagages en deux heures la veille, et moi… ça m’a pris toute la soirée (jusqu’à minuit!). Il ne nous reste donc qu’à déjeuner puis partir. Nous réussissons à avaler un bol de céréales (probablement le dernier pour les prochains six mois), puis mes parents nous conduisent jusqu’au « PEToport ».

Ayant eu l’occasion de se séparer souvent dans un aéroport, Henning et moi avons expérimenté avec diverses méthodes de se dire aurevoir. Ce matin, nous optons pour la méthode « short and sweet », la meilleur méthode selon Henning et moi afin d’éviter les émotions trop fortes. C’est comme arracher un band-aid, sur le coup, cela est désagréable, mais à partir du moment qu’il est enlevé, on ne ressent plus aucune douleur.

Mes parents nous laissent donc au débarcadère, nous échangeons brièvement des becs et des câlins, et puis nous disparaissons à l’intérieur de l’aéroport. Ma mère n’a même pas versé de larmes, c’est à peine si elle avait les yeux mouillés! Elle sait trop bien qu’elle ne pourra jamais se débarrasser de nous complètement! Haha

Une fois à l’intérieur de l’aéroport, nous nous rendons au comptoir d’Air Canada, où nous sommes accueillis par deux gentilles préposées souriantes et blagueuses. Malheureusement, Henning et moi ne pourront être assis côtes-à-côtes pendant la section du vol de Montréal à Vancouver. Henning ne peut non plus avoir un siège dans une rangée vis-à-vis une sortie d’urgence. Mais au moins, il se trouve dans la première rangée de notre section, où les parents avec bébés ou jeunes enfants sont assis, et il y a plus d’espace pour ses jambes de cigognes que dans un siège normal. De plus, c’est un siège dans l’allée, alors il pourra s’étirer sans problèmes. Pour ce qui est du plus long vol entre Vancouver et Beijing, nous seront dans des sièges de sortie d’urgence, assis un à côté de l’autre. Merveilleux!

Nous allons nous asseoir à la Brûlerie et tuons le temps d’attente en se bourrant de café et de muffins. Une fois passés la sécurité, nous pouvons nous rendre à notre porte d’embarquement. Henning part trotter dans les magasins se trouver un journal, et pendant ce temps, ma lecture est interrompue par le message qui passe à l’interphone : « Enning Wallmayor, Enning Waaaaaaaallmayor, you are requested to come to gate 3. »

Merde. J’attends de voir s’il réalise qu’on l’appelle, mais il ne se présente pas. Il faut dire qu'ils ont vraiment massacré son nom et qu'il ne se reconnait sans doute pas. Les minutes passent, le message est répété à deux reprises, mais je ne peux laisser nos sacs seuls. Je suis pourtant très proche du comptoir d’où la femme fait son appel. Je regarde l’homme en face de moi, qui semble bien gentil, lui fait signe des yeux et il comprend que je voyage avec la personne interpelée puis il surveille nos choses pendant que je me lève et vais voir la préposée au comptoir.

Cette dernière m’annonce d’un air bête que Henning doit changer de siège car la dame à côté de lui n’est pas à l’aise d’être assise à côté d’un homme. Peu importe la raison, je lui réponds que je vais faire le message à mon copain, qu’il va venir la voir dès qu’il revient. Comme si elle n’avait pas entendu ma réponse, elle me répète ce qu’elle vient de me dire avec les sourcils froncés. L’homme à côté de moi lui dit que ce que je dis c’est que je vais laisser mon copain décider lui-même s’il accepte de changer de siège ou non. Elle se tourne vers cet homme, prends un air encore plus méchant, même un peu dédaigneux, et elle lui dit « first of all, I’m not talking to you, I’m talking to her, and second, mind your own business ». Ouch!

Je ne dis plus rien et je m’en vais tout simplement. Henning revient enfin, va voir la préposée au comptoir, accepte de changer de siège pour celui dans l’autre allée (« same difference »), et puis enfin, nous sommes prêts à embarquer dans l’avion.

Je me trouve dans la même section que Henning, il est dans la première rangée et moi la dernière. Je n’ai malheureusement pas eu de place à côté d’un hublot. Je suis un peu déstabilisée, mais une fois dans les airs, je me rendrai compte que j’ai quand même une bonne vue du dehors lors du décollage. Comme je déteste prendre l'avion!

L’avion semble plein, sauf pour le siège à ma gauche. Malgré ce, Henning ne me rejoint pas car ses jambes ne rentrent pas dans l’espace restreint de ce siège, même s’il pourrait être dans l’allée.

Et puis on décolle! J’ai beau ne pas être à côté de mon amoureux, je suis émue de constater que c’est la première fois que Henning et moi siégeons dans le même avion. Les aéroports étaient nos endroits les plus détestés de tous, mais pour une fois, le départ n’incarne pas la scène d’une séparation déchirante.

Le vol dure cinq heures, il fait un temps superbe au décollage ainsi qu’à l’atterrissage, le trajet fut exempt de turbulence. Rendus à Vancouver, nous mangeons quelques sushis (ce n’est pas un luxe comme à Montréal!), puis nous devons nous rendre à notre porte d’embarquement.



À bord du vol, nous sommes ravis de constater l’espace devant nos jambes et le fait qu’il n’y a que deux sièges, un pour lui, et un pour moi (j’ai mon propre hublot!). Nous lisons, écoutons de la musique, jouons un nombre infini de parties de « cribbage » (que je gagne toutes… ha!) et puis nous mangeons, grignotons du chocolat, des jujubes… Le vol est long, je gèle à cause de l’air qui s’infiltre au travers la porte de la sortie d’urgence, il n’y a pas d’écran dans les sièges devant nous, seul un gros écran en avant de la section où l’image est dédoublée et donne mal à la tête, puis enfin, le siège de Henning ne peut être penché vers l’arrière, il est défectueux… De toute façon, le premier film est très mauvais (Little Miss Sunshine) et le deuxième est en chinois puis il nous est impossible de lire les sous-titres d’où nous sommes assis. Pour le troisième film, ils se trompent et rejouent le deuxième pendant un temps, puis enfin changent pour la suite de « Pirates of the Caribbean », qui est également très mauvais.

La nourriture d’avion peut être surprenante tout comme elle peut être répugnante, et cette fois, elle est plutôt mauvaise. Après le premier repas, nous réussissons tout de même à nous assoupir, sans toutefois dormir. Enfin, Beijing (ou plutôt son ombre) apparaît au loin dans mon hublot. Il fait « beau » là aussi, le ciel est « dégagé », aucune turbulence. Mais en vérité, nous ne voyons pas très bien la ville, trop de pollution, Beijing est entourée du désert, de poussière de sable, il y a un halo brun qui sépare le ciel de la terre, et on ne sait pas exactement où commence la terre tellement c’est sale et pollué (pourtant, pour avoir déjà voyagé ici, je sais que nous atterrissons durant une journée ensoleillée...). Bienvenue en Chine.



Nous atterrissons en douceur, et puis nous avons quatre heures d’attente avant de pouvoir embarquer dans notre dernier vol qui nous mènera à Zhengzhou. La dame au comptoir d’Air Canada à Montréal nous avait assuré que nos bagages se rendraient directement à Zhengzhou sans que nous ayons à prendre nos bagages à Beijing (pas besoin de les réenregistrer avec China Southern Airlines).

Hummmmmm.

Nous avons été stupides et n’avons pas vérifié si nos bagages étaient sur le carrousel à bagages à Beijing. Nous avons fait confiance à la préposée canadienne, avec son beau sourire et ses paroles rassurantes. Même rendus au comptoir de China Southern Airlines, ils ne nous ont rien mentionné pour les bagages, aucune référence aux douanes normalement obligatoires pour tous les passagers. Pour éradiquer tout doute, nous réexaminons les billets collés derrières nos cartes d’embarquement, où il est effectivement écrit que les bagages sont enregistrés jusqu’à Zhengzhou.

En nous dirigeant vers le comptoir de China Southern, notre chemin est bloqué par un homme qui insiste pour voir nos billets d’avion. Il est habillé en complet bleu (sale) qui semble assez officiel, mais je ne vois aucun écusson ou cigle de l’aéroport ou d'une quelconque compagnie aérienne… Mon instinct sonne l’alarme me dit d’être vigilante. Nous lui montrons malgré tout nos billets, sans les lâcher, puis il nous dirige au bon comptoir, où l’on nous annonce que nous devons attendre deux heures avant de pouvoir nous enregistrer et obtenir nos cartes d’embarquement. L’homme nous ordonne de le suivre. « Come, follow me » dit-il d’un anglais sommaire.

Ayant été en Chine avant, mes doutes prennent le dessus et je répudie l’authenticité de son habit et de son supposé statut de représentant de l’aéroport. Je lui dis que nous ne le suivrons pas, et il s’énerve. Nous nous éloignons puis il nous poursuit en s’écriant en anglais « tips, tips, tips ». Eh bien voilà ses intentions… Je m’énerve et lui dit qu’on lui a rien demandé. Il se fâche, mais nous lui tournons le dos et allons nous réfugier dans l’aire d’attente ou seulement quelques sièges peuvent accueillir un nombre minime de passagers.

Il n’y a aucun siège de libre. Nous nous asseyons sur des paniers à bagages et recommençons à jouer au « cribbage ». Le cœur n’y est pas, nos cerveaux ensommeillés ne parviennent pas à additionner la valeur des cartes à jouer et nous arrêtons. Le temps semble arrêté. Tout le monde nous regarde. J’avais oublié combien il est étrange et même gênant d’être considéré comme un espèce d’énergumène extra-terrestre.

Finalement, il est temps d’aller chercher nos cartes d’embarquement. Nous passons la sécurité, qui détecte dans mon sac-à-dos la minuscule bouteille d’eau remise par Air Canada lors du vol précédent. Le garde l’ouvre, hume l’eau, la brasse, me regarde, hume à nouveau, fait des mouvements de main au-dessus du goulot comme pour en extraire des odeurs cachées, me regarde, continue son manège pendant un temps, puis il me la remet sans mot dire.

Enfin, nous nous rendons à la porte d’embarquement, où nous devons attendre à nouveau. Toujours attendre. La sacrée nord-américaine pressée qui se cache en moi trépigne de devoir attendre encore et toujours. Enfin, il est temps d'embarquer. Dans l’avion, Henning et moi sommes assis ensemble au centre de l’appareil. Nous sommes terriblement épuisés,et malgré l’étroitesse des sièges et le manque d’appui pour le cou et la tête, nous nous endormons avant même de décoller. Le réveil se fait une heure trente plus tard, avec la secousse de l’appareil qui entre en contact avec la piste d’atterrissage.

Nous sommes enfin à Zhengzhou, capitale de la province du Henan. Il est 21h30 (heure locale), le 27 janvier. Alors que nous attendons nos bagages (qui n’arriveront pas), Henning est approché par une femme qui veut pratiquer son anglais. Elle veut nos courriels, nos numéros de téléphone, nous acceptons plutôt sa carte d’affaire et nous ne lui divulguons aucune information personnelle. Et que nous sommes sauvages et méfiants!

Les bagages tardent à venir. Nous attendons, attendons… Ils n’arrivent pas. Depuis que sommes sortis de l’avion (je dirais même depuis que nous avons passé la sécurité après avoir obtenu nos cartes d’embarquement à Beijing), je suis habitée d’un pressentiment inexplicable qui me dit que nos bagages ne se rendront pas à Zhengzhou. C’est pourquoi, lorsque le carrousel cesse de tourner et que nos bagages ne se pointent toujours pas le bout du nez, je ne suis aucunement surprise.

C’est le début de la fin.


© Madeleine Beaudet, 2007. Tous droits réservés.

1 commentaire:

juliad a dit...

salut vous deux,
je viens de commencer à lire votre périple, j'en suis encore a l'avion mais je tenais a dire que miss sunshine est le MEILLEUR film que j'ai vu cette année! on devrait le regarder à ton retour
bisous
julia

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