jeudi 15 février 2007

CHAPITRE 8 - Les examens médicaux

Nous prenons d’abord un taxi jusqu’à la station d’autobus de Nanyang. Nous arrivons peu de temps avant le départ, mais parvenons tout de même à acheter des billets pour nous rendre à Zhengzhou. Nous réussissons mêmes à avoir une place à l’avant de l’autobus, ce qui est non seulement favorable aux jambes de Henning mais aussi à mon problème de mal des transports.

Ellen s’endort peu de temps après que l’autobus ait quitté la station centrale, tandis que Henning et moi tentons d’absorber le plus d’information possible sur les rues que nous parcourons au travers le centre-ville avant d’en sortir pour rejoindre l’autoroute.

Contrairement à Changjiang Road (la rue rectiligne aux multiples magasins au format « cube » sur laquelle se trouve l’entrée de notre campus), le centre-ville est bordé de magasins plus ou moins diversifiés (cependant nous détectons beaucoup de magasins de téléphones portables), de restaurants, d’hôtels, d’écoles primaires et secondaires, etc. La ville n’a pas de charme particulier. Elle est fonctionnelle, mais semble trop petite pour contenir toute sa population.


Parmi les nombreuses rues étroites que nous sillonnons débordent des piétons, des taxis, des cyclistes, des conducteurs de « pout-pout » à trois roues, des autobus, des voitures de luxe et des voitures qui parviennent à peine à rouler tellement elles sont endommagées et rouillées. La ville est bruyante, c’est une cacophonie de coups de klaxon, de bruits de frein de vélo qui grinchent et cillent, de bruits de rues et de bâtiments en perpétuelle réparation, de musique de karaoké jouée sur la télévision du bus, de voix des nombreux passagers qui semblent ne pouvoir faire autrement que de crier sur leurs cellulaires, et le bruit du mâchouillement de d’autres passager qui mangent des noix et crachent les coquilles parterre.

Une fois rendus sur l’autoroute, les bruits se calment et on entend un peu moins klaxonner, malgré que la musique de karaoké et les multiples conversations téléphoniques demeurent omniprésentes tout au long du trajet de quatre heures.

Il fait déjà noir lorsque nous arrivons à Zhengzhou. Il est environ 19h00. Nous arrivons à la station d’autobus, et nous attrapons un taxi jusqu’à notre hôtel. C’est un hôtel trois étoiles, très propre à l’entrée, mais toujours un peu plus miteux à mesure que l’on monte les étages pour se rendre aux chambres. Henning dépasse les cadres de porte d’au moins une tête. Nous avons une chambre avec vue sur deux énormes bâtiments en décrépitude (ou serait-ce la phase numéro un d’un projet de rénovation?). Zhengzhou nous semble immense comparée à Nanyang.



Nous allons souper dans un restaurant près de l’hôtel, où Ellen commande différents plats qui nous sont inconnus. Des carottes râpées à l’ail, une soupe au poisson, tofu et fèves de soya, du maïs en grain, des bols de riz blanc, puis enfin une sorte de légume gluant à la sauce ultra piquante. Nous mangeons le quart de ce qui se trouve sur la table (c’est toujours comme ça lorsqu’on va au restaurant avec des Chinois : ils veulent beaucoup de variété sur la table, mais l'on mange rarement plus que la moitié de ce que l’on commande).

Nous passons une soirée tranquille puisque le lendemain nous nous réveillerons tôt pour aller à « l’hôpital ».

Comme de fait, un peu avant 9h00, nous sommes déjà devant l’entrée du fameux « hôpital ». Nous n’avons pas eu à déjeuner puisque nous devons être à jeun pour les prises de sang.

Henning et moi constatons rapidement que le bâtiment qui se dresse devant nous n’est pas un hôpital du tout. Lorsque le taxi s’est arrêté devant ce qui nous semblait être une espèce de désert de poussière, une aire énorme mais vide où traînaient quelques déchets, nous n’avons pas tout de suite comprit que nous étions bel et bien arrivés. De l’endroit où nous a déposé le chauffeur de taxi, lorsqu’on regarde au loin à droite, on aperçoit un bâtiment administratif plutôt petit, où nous subirons apparemment tous nos examens.

- Ceci est un hôpital, un vrai??? demande Henning avec une trace d’inquiétude dans la voix. (Il a une phobie des hôpitaux et des médecins…)

Ellen nous apprend alors que c’est un bâtiment où l’on fait uniquement des examens médicaux qui sont obligatoires pour tous les étrangers qui arrivent en Chine pour y travailler, et pour tous les Chinois qui quittent la Chine pour aller travailler ou étudier à l’étranger. Nous entrons à l’intérieur, et nous devons d’abord nous renseigner à savoir où l’on peut prendre les photos qui doivent être apposées sur le formulaire d’application.

L’homme derrière la baie vitrée dans l’entrée nous ordonne de ressortir de la bâtisse et de nous rendre plus loin à l’extérieur, de marcher tout droit pendant un temps dans le champ de poussière et tourner à droite… Nous suivons ses instructions, puis après environ dix minutes de marche, un magasin surgit de nulle part à notre droite. Il s’agit de l’endroit où nous devons nous faire photographier.

Je passe la première, Henning ensuite. La dame n’arrive pas à le photographier… Le tabouret est trop haut, le trépied trop petit. Elle improvise et fini par prendre la photo. Une fois que nous les visionnons sur l’ordinateur, Ellen s’exclame en nous voyant « aïe, c’est horrible! ». Elle tend sa clé USB à la « photographe » et lui fait imprimer des copies de photos que nous lui avions envoyées avant d’arriver en Chine, des photos requises pour notre application en tant que professeur d’anglais. J’avoue que j’étais pas mal mieux habillée et peignée, de même pour Henning. Mais qu’est-ce qu’on s’en fiche de quoi on a l’air! Ce sont uniquement des photos pour un maudit formulaire qui finira dans le fond du tiroir d’un fonctionnaire quelconque!

Nous retournons à la bâtisse principale, où nous devons remplir une dizaine de formulaires différents (à peu près le nombre correspondant à la quantité d’examens que nous devrons passer…) Une fois les formulaires remplis, Ellen doit régler la facture puis nous pouvons enfin commencer nos examens.

Tous les professeurs étrangers travaillant au NIT ont dû passer des examens médicaux à Zhengzhou. Ils nous avaient préparés à ce qui nous attendait, mais il fallait vraiment le voir pour le croire.

J’ai l’impression que nous sommes dans une course à obstacles, et que chaque étape passée nous rapproche de la ligne d’arrivée. Pourtant, il n’y a pas de prix à gagner, simplement, les gens (autant les patients que le personnel) courent partout, sont pressés, son nerveux, on palpe une sorte d’électricité dans l’air.

Les divers patients courent littéralement d’une pièce à l’autre, et le personnel de l’institution nous pressent constamment d’un « dépêchez-vous, dépêchez-vous! » peu importe la nature de l’examen que nous devons passer.

Ellen nous pousse d’abord dans la salle des prises de sang. Deux femmes sont armées de seringues et attendent que l’on s’asseye pour nous piquer. Je m’assure que l’aiguille est stérile (j’attends que la dame ouvre un sachet neuf devant moi). C’est une aiguille attachée à un minuscule tube qui lui se rend directement dans une éprouvette. Henning est assis à côté de moi, mais avant que la dame ne le pique, il retire vivement son bras en s’écriant « wooooooooh! ». La dame pousse un petit « oh! » et éclate de rire. Elle avait oublié de changer d’aiguille… Hummmmmm. Elle ouvre un nouveau sachet.

Les deux dames nous nettoient rapidement le pli du bras avec un coton-tige trempé d’iode. Je me fais piquer, Henning aussi. Nous regardons le sang remplir l’éprouvette, puis quand c’est fini, elles appuient un autre coton-tige sur l’endroit qu’elles ont piqué et nous chassent de nos sièges avant même d’avoir eu le temps de ramasser nos manteaux. Elles n’ont jamais changé de gants, et on se doute que c’était sûrement les mêmes pour les cent patients précédents et que ce seront les mêmes pour les cent prochains…

Ensuite, c’est le temps de la radiographie des poumons. Une chance, ce n’est pas un réacteur nucléaire rescapé d’un sous-marin soviétique tel qu’anticipé par Henning, mais bel et bien une vraie machine comme dans nos hôpitaux canadiens. Cependant, on ne requiert pas que l’on retire nos manteaux, on nous permet de garder tous nos vêtements, nos lunettes et bijoux… J’insiste pour enlever mon manteau, mes boucles d’oreilles, mes épingles à cheveux, et, sous le regard horrifié du technicien, ma brassière! Non mais franchement, ça vaut quoi une radiographie comme ça! Ils ne nous mettent évidemment pas de protège-cou en plomb… Que puis-je dire?

On nous chasse ensuite à l’intérieur de la salle où l’on nous pèse, nous mesure et où l’on prend notre température (c’est une machine incrustée dans le plafond au-dessus de la machine qui mesure le poids et la grandeur). On procède également à un examen de la vue. Cet examen des yeux se déroule comme suit : le « médecin » regarde mes lunettes et me demande « avez-vous un problème de la vue? ». Je ris un peu et répond avec un sourire en coin « j’ai une faiblesse pour les accessoires et suis une victime de la mode, c’est pourquoi je porte ces lunettes! ». Il reste de marbre. « Euh, erhem, en fait non, je suis myope. »

Il coche ensuite toutes les cases qui indiquent qu’il a examiné ma glande thyroïde, mon dos, mon abdomen, mes oreilles, et ainsi de suite, alors qu’en vérité il ne s’est jamais approché à plus de un mètre de mois. Ils sont très pointilleux ces "médecins"!

Le prochain examen, c’est la prise de pression et du pouls. Je suis maniaque et dépose mon bras non-perforé (et qui n’a pas de band-aid) dans la machine. Je crois que cet examen est le plus authentique de tous. Le bandage qui enrobe mon bras le serre de plus en plus fort, puis se relâche doucement. Pendant ce temps la dame dépose son stéthoscope sur moi et prend mon pouls.

Ellen nous entraîne ensuite dans la salle de l’ECG. Cette technicienne est la plus folle de tout le personnel. Elle me crie en chinois, couche-couche-couche là! Lève-lève!!!! Lève quoi??? Oh ma jambe? Ah non, lève mon pantalon! Okay-okay, pas besoin de crier! Je relève ma manche, mon chandail, etc. Elle frotte les endroits exposés d’un liquide froid avant d’y apposer les têtes de nombreux câbles tels des tentacules de pieuvre. Ensuite elle me pousse presque en bas de la table d’examen et je me rends au-dehors pour avertir Henning de se méfier de cette folle. Il prendra encore plus son temps pour enlever son manteau et déposer son sac sur la chaise. J’entends la technicienne lui crier après…

Prochain examen, l’échographie de l’abdomen. La dame me chatouille les côtes et je pouffe de rire. Elle me regarde stoïquement et presque qu’avec reproche.

On termine notre course avec l’examen du pipi. C’est tellement ridicule. Le technicien ouvre un tiroir poussiéreux et en retire deux minuscules coupes de plastique mou, non stériles. Quelques chariots sont déjà pleins de coupes de pipi remplies à raz le bord, entassées les unes contre les autres. Il déplace les chariots pleins pour faire de la place pour un nouveau chariot vide, se faisant il renverse le pipi des coupes trop pleines dans les coupes voisines. Wow.

Je me rends à la toilette des femmes (passe par un couloir rempli d’hommes chinois qui me regardent avec curiosité). Je m’étais préparée à ce test. J’ai apporté mon contenant de Purell ainsi que mon bidule pour faire pipi debout, vendu par une dame au magasin La Cordée à Montréal. C’est génial, surtout pour les femmes qui font de l’escalade ou autres sports en plein-air, ou pour les femmes qui voyagent et doivent parfois se soulager dans des endroits particulièrement insalubres. J’ai du « visou », ne renverse rien, jusqu’au moment où j’ai fini de me boutonner et que la p’tite tasse molle cède un peu sous le poids de son contenu et que j’en renverse sur mon jean… J’avais si bien fait ça, et me voilà souillée!!!! Je sors mon Purell de mon sac, me nettoie les mains, tente du mieux que je peux de camoufler mon dégât sur mon pantalon, puis je retourne dans le couloir toujours rempli d’hommes qui regardent mon pipi, que je vais rapidement (le plus rapidement que me permet cette maudite coupe de plastique instable) poser sur le chariot vide vis-à-vis le numéro dix-neuf.

Je n’en reviens pas. Cet établissement est un cirque qui emploi une bande de clowns. Cette tournée médicale représente un vrai coup de théâtre.

Mais c’est enfin fini. Nous pouvons nous enfuir de cet endroit damné. Je suis à la fois frustrée et morte de rire d’avoir eu à subir un tel manège alors que les résultats ne seront probablement même pas analysés!

© Madeleine Beaudet, 2007. Tous droits réservés.

1 commentaire:

Anonyme a dit...

Super captivant que cette description au quotidien de ton expérience en Chine.
J.

© Madeleine Beaudet, 2007-2009. Tous droits réservés.