Le lendemain, c’est notre dernier jour à Wŭhàn. Nous décidons de nous rendre à Mò Shān (Montagne Mò), un autre coin vert de la ville, au bord du Dōng Hú (Lac Est) et un peu plus en altitude que la section près du musée provincial.
Nous découvrons qu’il s’agit d’un parc dont l’énorme superficie est impossible à parcourir en une demi-journée. Nous contemplons donc nos choix de sites à visiter sur la carte du parc à l’entrée de ce dernier, mais elle est difficile à décrypter en raison des chemins tortueux qui sillonnent la montagne d’un endroit à l’autre, et de l’absence de traduction anglaise ou de pīnyīn pour s'y retrouver parmi les noms des divers sites. Nous choisissons donc de nous rendre directement au sommet de la montagne et de trouver le pavillon Zhūbēi (que nous avions repéré comme étant un point de vue sur la carte de la ville que nous nous étions procurée à l’auberge de jeunesse). Pour se faire, vu la chaleur qu’il fait, nous n’hésitons pas à prendre le remonte-pente pour parvenir à notre destination.
Pendus après le câble sur nos sièges délabrés, nous admirons la vue qui est intéressante, quoique notre visibilité est limitée étant donné le voile de pollution qui recouvre la ville en permanence, tel un cocon plus-ou-moins translucide.
Pendus après le câble sur nos sièges délabrés, nous admirons la vue qui est intéressante, quoique notre visibilité est limitée étant donné le voile de pollution qui recouvre la ville en permanence, tel un cocon plus-ou-moins translucide.
À notre débarquement, nous réalisons trop tard que nous ne sommes pas devant le pavillon souhaité, plutôt, nous sommes devant un autre temple qui sert de balcon pour admirer le lac en hauteur. Cependant, pour accéder à cette vue, il faut pénétrer l'édifice qui ressemble à un temple et une pagode en même temps (car l'édifice est construit en hauteur) et payer le frais d’entrée, bien sûr. On s’est rendus jusque là, on y va!
Nous escaladons rapidement les marches qui nous mènerons, d’étage en étage, au plus haut point pour regarder le lac. En chemin, nous croisons une fontaine où, pour le prix de dix yuans, dix pièces de monnaie d’un yuan peuvent être achetées, spécifiquement pour être lancées dans la bouche de la statue du poisson qui se trouve au milieu de la structure. Apparemment, selon le préposé, une pièce qui tombe en plein dans la bouche devrait attirer la bonne fortune. Hummmmm. Une fois les pièces lancées, le vendeur les récupère et les revend à un autre individu à la recherche de fortune…
Nous quittons le balcon peu de temps après y être entrés, et partons à la recherche du pavillon Zhūbēi, que nous trouvons non loin de là. Dépourvu d’attrape-touristes, le pavillon a plus de charme, quoique la vue est nulle et donne sur le remonte-pente.
Nous finissons par redescendre la montagne, à pied cette fois, bravant la chaleur, et nous marchons dans divers jardins environnants à la base de la montagne. Nous constatons sans grande surprise que la floraison a eu lieu il y a déjà belle lurette, mais le simple fait de voir beaucoup d’arbres et du gazon nous fait beaucoup de bien, et nous prenons notre temps pour parcourir divers sentiers. Nous traversons une forêt de bambous, et nous écoutons bruisser les feuilles en examinant les graffiti (caractères chinois) gravés sur les troncs. Parsemant le paysage sont quelques couples de nouveaux mariés, sauf que Henning pense qu’il s’agit plutôt de mannequins posant pour des photos destinées à être affichées dans une boutique de vêtements de mariage.
D’ailleurs, en traversant un petit pont, nous croisons un lăowài (étranger), qui semble souffrir dans son costume couleur crème, quoique je ne sais pas si c’est à cause de la chaleur ou plutôt en raison de la magnifique jeune femme chinoise en robe blanche qui lui enlace le bras.
Le temps commence à presser, et nous partons trouver l’autobus qui nous laisse à proximité du musée provincial, où, non loin de là, nous trouvons un petit resto où dîner (ce après avoir descendu un arrêt trop tard et avoir marché dix minutes dans la chaleur infernale). Je fais une horrible sélection (sans le savoir) sur le menu, il faut parfois essayer des trucs nouveaux, et après notre repas, nous nous rendons au Carrefour.
Le Carrefour est une chaîne de supermarchés française, où nous nous approvisionnons pour le chemin du retour en autobus, en plus d’acheter les trucs que nous rêvions d’avoir dans nos armoires pour les prochaines semaines une fois de retour à Nányáng (des pâtes, du VRAI fromage, de la moutarde de Dijon, du thon en conserve, et du café espresso). Nous dépensons une petite fortune et jubilons tout le long du trajet en taxi en retournant à notre auberge, où nous récupérons nos bagages. Nous prenons le temps de nous changer puis nous nous rendons à la station de bus.
Nous sommes un peu en avance, et observons la foule qui déferle dans l’aire d’attente. Soudain, juste à notre droite, un homme au teint cireux apparaît avec les yeux exorbités. Il semble terrifié et fixe un point derrière nous. Il a du sang sur la lèvre inférieure et sur son chandail. Un autre homme fait irruption dans la grande salle et s’arrête net en apercevant l’homme qui a peur, puis il se met à hurler. Il est évident que le sang sur la lèvre de l’un a coulé à la suite de l’assaut de la part de l’autre. D’ailleurs, une fois qu’il arrête d’hurler, (il conclut en disant « vient ici! »), l’homme apeurée, tremblant et très pâle se rend la tête base rejoindre son bourreau. Aussitôt, l’homme agressif le frappe de plusieurs coups de poing au visage. Il s’arrête aussi subitement qu’il a commencé, et retourne dehors. L’autre, qui tente se remettre du choc sans perdre l’équilibre, ramasse les sacs qu’il a échappés et suit diligemment son tortionnaire. L’expression peinte sur son visage me fait sentir tellement mal, il semble complètement anéanti, en état de choc, et à veille de perdre connaissance.
La scène s’est déroulée sans que PERSONNE n’intervienne, pas même le personnel du terminus. Henning et moi nous regardons, hébétés, mais incapable de passer un commentaire.
Le silence qui s’est momentanément installé redevient vacarme et la scène est aussitôt oubliée. C’est la première fois que nous sommes témoins d’une scène de violence en public en Chine.
En nous dirigeant vers notre autobus, nous voyons les gouttes et traînées de sang sur le plancher. Je lève les yeux, complètement horripilée autant par cet éclat de brutalité que par l’indifférence de ceux qui en ont été témoins.
Henning me fait remarquer que notre autobus est digne de notre destination. Je ne peux m’empêcher de sourire en voyant le tas de ferraille qui se dresse devant nous. J’avais dit à Henning, en blague, en montant à bord du bus qui nous menait à Wŭhàn, que le bus était en bon état car nous nous rendions dans une ville développée, et que ça s’accordait avec l’apparence soignée de la clientèle. J’avais ajouté que si ma théorie s’avérait juste, en revenant à Nányáng, il faudrait se considérer chanceux si le bus avait quatre roues et des freins!
Et bien… maintenant que je regarde l’état du véhicule qui devra nous ramener chez nous (en un morceau…), j’aurais bien aimé que ma blague ait pu demeurée une blague, et non pas s’avérer être une prédiction!!
Mais le personnel du bus est absolument charmant. Le manque de propreté et de sécurité du bus sont compensées par l’accueil chaleureux du chauffeur et son offre de nous asseoir dans la première rangée derrière lui. Offre que nous acceptons, voyant le manque d’espace entre les sièges des autres rangées plus loin en arrière.
Et bien voilà, nous avons un autre sept heures de trajet à faire. En espérant que le moteur, la transmission et les freins ne sont pas dans le même état que la carrosserie, nous devrions y parvenir sans trop de problèmes…
© Madeleine Beaudet, 2007. Tous droits réservés.
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