dimanche 9 décembre 2007

CHAPITRE 22 - Deuxième tentative, c’est un départ pour Luóyàng !

Hier, alors que j’étais prise dans le tourbillon de personnes qui tentait de se procurer des billets à la station d’autobus, j’ai vraiment cru qu’il faudrait abandonner nos plans de voyage. J’ai reparlé à Pauline et Guillaume pour leur demander leur avis. Tout comme Henning et moi, ils veulent ressayer de se procurer des billets pour Luóyàng.

Hier, c’était une mauvaise journée, on veut vraiment croire qu’il nous sera possible de sortir de Nányáng, même si ce n’est que pour deux ou trois jours! Nous nous sommes donné rendez-vous à 14h. Les deux fois précédentes, il y avait énormément de congestion sur les routes aux alentours de 11-12h, ainsi, nous voulons éviter de nous retrouver de nouveau sur le pont pendant ce qui semble être l’heure de pointe. De plus, aujourd’hui nous décidons de prendre un taxi et de laisser tomber l’autobus de ville. Nous avons bien fait, la circulation est relativement bonne et nous arrivons à la station d’autobus en moins de quinze minutes.

Comme pour me contredire, aujourd’hui, à part pour les personnes qui attendent de quitter Nányáng ou ceux qui viennent juste d’y mettre les pieds, il n’y a que quelques personnes en ligne devant le comptoir d’achat de billets. Je n’y comprends rien. Hier c’était la folie furieuse!! Un tas d’individus se poussant les uns les autres pour tenter d’obtenir des billets, et pas juste un petit tas, un tas tellement gros qu’il se rendait jusque dans la rue tellement il y avait du monde. Aujourd’hui, il y a à peine une poignée de personnes qui attendent leur tour devant nous!

En moins de quelques minutes, nous pouvons parler à la préposée. Sans même tenter de lui poser mes questions en mandarin, je lui tends la feuille que j’avais préparée la veille, où sont imprimées des questions en chinois sur notre destination, la journée et l’heure du départ désirées ainsi que la possibilité d’acheter nos billets de retour immédiatement. J’ai également écrit sur la feuille qu’elle m’écrive ses réponses au cas où je n’arrive pas à déchiffrer ses paroles (je trouve que l’accent de Nányáng est beaucoup plus difficile à comprendre que le pŭtōnghuà de Běijīng et de Tiānjīn).

Heureusement, la dame qui nous sert est particulièrement gentille et patiente, et je ne me fais pas bousculer par les autres clients qui attendent leur tour car mes trois acolytes ont formé une barrière humaine autour de moi pour me donner le temps d’obtenir toutes les réponses à nos questions. Elle me confirme donc que nous pouvons partir pour Luòyáng le lendemain (dimanche le 25 février) à différentes heures du matin et de l’après-midi. Nous choisissons le premier départ, celui de 8h30. Il nous est impossible d’acheter les billets de retour, il faudra tenter notre chance sur place à Luòyáng. Je ne suis pas surprise car il est presque impossible de trouver des billets « aller-retour » pour les autobus et les trains en Chine. Cette option n’est disponible qu’avec les billets d’avion.

La plupart des autobus voyageurs appartiennent à des entrepreneurs privés. Par exemple, un mari et sa femme (et un beau-frère et un oncle et une tante, etc.) ont un autobus, et ils décident de l’heure, de la destination et du trajet qu’ils emprunteront lors de leurs déplacements, se relayant comme chauffeurs entre les membres de la famille. C’est pourquoi il est tellement difficile d’acheter des billets plusieurs jours à l’avance. De ce que nous avons vu, il ne faut pas s’y prendre plus que deux jours à l’avance sinon les vendeurs nous disent de revenir plus tard. Je pense que le fait que les autobus appartiennent à des particuliers peut avoir un impact sur le déroulement normal d’un trajet longue-distance, dans la mesure où le passager devient plus vulnérable de se faire arnaqué malgré lui sans qu’il ait de recours pour opposer certains abus.

Par exemple, Pauline et Guillaume nous ont parlé de la fois où ils se rendaient à Xī’ān en autobus (en compagnie de Peter et Dorothy) et que le chauffeur avait annoncé à mi-chemin qu’ils ne se rendraient pas à destination ce jour-là en raison de certains travaux sur l’autoroute qui perturbaient la traversée. Pourtant, en faisant un détour, à condition de payer un supplément pour compenser pour les kilomètres à parcourir et qui n’étaient « pas prévus », l’autobus finirait bien par se rendre à Xī’ān avec seulement un peu de retard. (Au cours de prochains mois, j’entendrai une histoire similaire de la bouche de ma propre patronne, ce qui témoigne du manque d’honnêteté de certains chauffeurs-propriétaires…)

Alors, pour notre voyage à Luòyáng, nous sommes en mesure d’acheter quatre billets, et la préposée nous indique d’être à la station d’autobus à 8h00. Ainsi, nous avons mis moins que cinq minutes à acheter nos billets, alors qu’il était impossible de s’approcher du comptoir l’après-midi de la veille. Je n’y comprends vraiment rien. Mais nous sommes vraiment très heureux de voir nos projets se concrétiser! Nous ne rentrons pas tout de suite chez nous. Nous accompagnons d’abord Pauline et Guillaume au centre-ville car ils veulent manger chez McDonald. Rendu sur place, nous nous séparons car Henning et moi voulons aller faire des courses au Datton. Pas question de manger chez McDo, ça fait longtemps que je n’y ai pas mis les pieds, et ça ne me manque pas du tout, même si je suis déjà tannée de manger des plats chinois.

Au supermarché, nous achetons quelques provisions pour le trajet en autobus de demain. Nous rentrons à la maison en taxi, puis nous commençons nos préparatifs pour le lendemain dès notre arrivée. Vers 19h30, ça cogne à la porte. C’est Jason. Nous nous doutions bien qu’il passerait chez nous puisqu’il a téléphoné environ deux heures et demi plus tôt pour nous dire qu’il quittait Shēnzhèn (dans le sud de la Chine) pour revenir à Nányáng après neuf jours de voyage.

Henning est devant son ordinateur et a probablement ses écouteurs sur les oreilles puisqu’il ne se joint pas à moi pour ouvrir la porte à Jason. Ce dernier est appuyé nonchalamment sur notre cadre de porte, avec le visage complètement défait. Il a encore son manteau sur le dos et a son sac de voyage accroché sur une épaule. Je vois qu’il n’a même pas pris le temps d’aller déposer ses affaires chez lui au quatrième étage avant de venir nous voir. Il me dit « Hey » avec un ton un peu déprimé. « Hey » que je lui réponds en feignant un peu d’enthousiasme malgré la tête qu’il fait.

- Alors, dis-je enfin en voyant qu’il ne tente aucunement d’engager la conversation même si c’est lui qui est venu cogner chez nous, tu as passé du bon temps dans le sud de la Chine?

- Oh oui, j’ai tellement d’histoires à raconter que je ne sais tout simplement par où commencer.

Bon, eh bien ne commence pas...

- Wow, c’est l’fun.

Il se penche alors, ouvre son sac et en sort un paquet de café Starbucks. Bon, je le trouve peut-être moins fatiguant tout d’un coup…

Il y a quelques jours de ça, il avait téléphoné à Henning pour lui demandé s’il voulait qu’il lui rapporte du café et moi, j’aurais dit non simplement pour ne rien devoir à Jason, sauf que Henning, qui ne peut vivre sans café, avait aussitôt accepté.

- Ah merci, c’est vraiment gentil, je te dois combien?

- Eh, dis-donc, si tu as un verre d’eau à m’offrir, ça ne te coûtera rien du tout.
- Allez Jason, je vais te donner ton eau mais dis-moi combien on te doit.

- Bon d’accord.

Il s’infiltre dans l’appartement alors que je pars à la recherche d’une tasse et d’une bouteille d’eau, ainsi que de mon portefeuille.

- Bon ben, assis-toi.
- Ah merci. Wow, ça sent bon ici, ça sent comme si quelqu’un venait de cuisiner!
- Oui, j’ai fait une quiche pour souper.
- En passant, vous n’auriez pas des chips ou quelque chose du genre, je meurs de faim et je n’ai rien mangé de la journée.
- Euh, non, je n’ai pas de chips, mais prend donc le reste de la quiche, elle est encore tiède.
- Ah non, je ne pourrais pas!
- Aller, prends-la que j’te dis. Esti que tu m’énerves…
- Bon d’accord, wow ça a l’air bon!
- Mmm.
Et il dévore la quiche en me racontant qu’il a trop de choses à raconter. Pourtant, il ne me dit rien de plus, à part pour le fait qu’il a été témoin d’un énorme accident.
- C’était trop fou, les deux voitures étaient en feu! J’te jure, j’te jure maaaan, j’ai même pris des photos!
- Oui-oui, c’est bon, j’te crois.
- Il est où Henning?
Oui, il est OÙ Henning???
- Il est dans la chambre, je vais aller le chercher il ne t’a sûrement pas entendu rentrer à cause de ses écouteurs.
Comme de fait, je pénètre dans la pièce et Henning écoute sa musique.

- Sauve-moi, ton meilleur chum est arrivé. Tu voulais du café, maintenant, arrange-toi avec.

- Ah.
- Oh oui, j’oubliais, j'ai remarqué qu'il a apporté du café décaféiné.

- ARRRGH SCHEISSE!
- Hahahaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa!

Il vient nous rejoindre à la table. Jason nous dit qu’il est extrêmement frustré car il s’est fait avoir par le chauffeur de taxi qui lui a chargé plus que le double du prix pour le ramener au NIT en provenance de l’aéroport. Je ne peux résister un commentaire qui me brûle les lèvres.
- Mais pourquoi ne t’es-tu pas servi de tes notions de chinois pour contester, n’est-ce pas toi qui m’a dit que tu parlais chinois couramment?

- Oh il était trop con, il ne comprenait rien de rien! me répond-t-il en baissant les yeux, fuyant mon regard.
- Hum. Bien sûr. Tu m’éneeeeeerves.
Finalement, je lui ai fait comprendre que nous étions en train de nous préparer pour notre voyage du lendemain. Quand il a su que nous partions avec les Français, ses sourcils se sont légèrement froncés, assez pour que je remarque que ça le faisait chier puisque ces derniers ne s’entendent pas bien avec lui et qu’il aurait bien voulu nous accompagner. Mon regard lui indique qu’il est hors de question qu’il songe à s’incruster dans notre expédition.
- Bon ben… Bon… Ben, j’vais pas vous écœurer longtemps, je vais monter chez moi.

- Oui, fais ça. Tu nous raconteras tes nombreuses histoires à notre retour.
- Ouais. Eye, vous pourriez me filer cette bouteille d’eau, je n’ai plus rien dans mon appartement puisque je suis parti pendant neuf jours, t’sais, je n’ai même plus d’eau ni de bouffe.
- Bien sûr, prends-la. Autre chose avec ça? Une petite claque dans la face?

- Non, j'pense que ça va aller.

T'es bien mieux.

Ça me démange, je ne peux plus faire semblant qu’il ne m’horripile pas. En fait, il me crispe. Grrrrrr. Il me semble qu’à sa place, je serais simplement allée au Wandro en descendant du taxi pour me faire quelques provisions, question d’acheter de l’eau et des nouilles instantanées, mais noooooon, lui, il a fait son « pit-stop » chez nous, et maintenant qu’il a eu ce qu’il voulait, il décampe chez lui. Je veux bien croire que Henning le prend en pitié, mais moi, je lui dirais bien ma façon de penser à Jason même si ça manque de tact et que je ne suis pas mieux placée que quiconque pour porter des jugements. Eye, politically correct mes fesses. Il est sans doute seul et s'ennui terriblement, c'est certain, je capoterais aussi à sa place si je n'avais pas Henning avec moi. Mais...
Peu importe. Il monte chez lui, et je retourne à mes valises.
Le lendemain matin, nous quittons l’appartement vers 7h30 du matin. Nos amis français, ainsi que nous-mêmes, avons quelques difficultés à garder les yeux ouverts. Nous ne sommes plus habitués à nous lever si tôt. Nous prenons un taxi jusqu’à la station d’autobus et nous arrivons bien en avance. L’autobus quitte le terminus à l’heure (8h30), puis nous entreprenons tranquillement le trajet qui nous mènera à Luòyáng.
Henning et moi sommes assis côte-à-côte et Pauline et Guillaume ne se trouvent pas très loin derrière nous. Nous nous trouvons environ au milieu du bus, avec Henning assis dans le siège de l’allée et moi à côté de la fenêtre. Henning a les genoux pris dans le siège en face de lui, et à peine cinq minutes après le départ, il constate que ce sera un voyage très inconfortable.
Pour l’instant, on ne se doute pas combien il sera réellement inconfortable…

Pour les deux premières heures, le trajet se déroule sans heurts. Mais que serait cette aventure chinoise s’il n’y avait aucune péripétie pour entraver le cours normal des événements. Ainsi, nous écoutons de la musique, lisons nos livres, puis soudain une main brunie avec des ongles très crottés s’agrippe à la tête du siège de Henning. Je me tourne pour voir de la main de qui il s’agit.
C’est un homme qui se déplace à un pas la minute. Il a énormément de peine à se déplacer. Il empeste l’alcool, et, en fait, il empeste tout court. Il est visiblement extrêmement saoul et à la manière dont il vacille, il semble prêt à tomber d’un moment à l’autre. Ça regarde mal… Il fini par se rendre à l’avant du bus, sans manquer de piler dans la poubelle à mi-chemin, qui d’ailleurs reste coincée sur son pied. On se croirait dans un film! Trop cliché!
En avant, il harcèle le chauffeur pour qu’il s’arrête sur le bord de l’autoroute. Il veut pisser. Le chauffeur ne s’obstine pas longtemps avant d’arrêter le véhicule. Moi non plus je ne voudrais pas avoir à nettoyer le dégât de la vessie d’un passager. Je ne peux m’empêcher de juger cet homme, saoul mort à 10h du matin, qui retarde tout le monde pour aller pisser sur le bord de l’autoroute.
Sauf qu'en même temps c’est tellement cocasse!! Il tombe en bas de l’autobus plutôt que d’en descendre et donc l’élan de la chute le précipite en bas du fossé bordant l’autoroute. La scène est déplorable et hilarante à la fois. L’homme n’a à peine le temps de toucher le sol qu’il roule en bas du fossé et se cogne à un arbre lors de sa chute. Plutôt que de se relever, il se tortille un peu et se dégage du tronc d’arbre, puis il continue sa descente en roulant. Il fait une bonne pause couché dans l’herbe avant de finir par se lever et défaire son pantalon. Évacuer à tout prix!

Considérant le temps que ça lui prend pour défaire sa ceinture et sa fermeture éclaire, je suis surprise et même presque impressionnée qu’il ne se soit pas encore pissé dessus. Et puis le voilà qui dévide tout le contenu de son corps. Bon sang qu’il est plein. Je ne regarde pas volontairement la scène. Je sais qu’il pisse, et donc je détourne le regard car il ne tourne pas tout à fait le dos au bus et je ne désire pas voir plus de détails qu’il n’en est nécessaire.

Mais quand le temps se prolonge, je me sens presque contrainte à jeter un coup d’œil voyeur dans sa direction pour voir s’il a enfin terminé sa « business ». Et non. Ça continue. Et nous avons presque droit au "full frontal". Ça continue. Même que ça n’achève pas. Je ne suis pas la seule à penser que ça fait beaucoup de pipi pour un homme si chétif. Les autres passagers regardent sans scrupules et rient ouvertement. Puis soudain, l’attention portée au pisseur est détournée momentanément vers le « vomisseur » qui lui a décidé de déverser le contenu de son estomac par la fenêtre.

Il est tout à l’arrière du bus. En fait, il s’agit du compagnon du pisseur. Dégueulasse. La fille qui accompagne le chauffeur se met à lui crier après. Le pisseur fini de pisser, et il lui faut au moins trois minute pour rattacher son pantalon. Le problème c’est qu’il tente de s’occuper de ses culottes en même temps qu’il essaie de remonter le fossé (qui est, soi-disant, très-très à pic). Il s’arrête après deux pas, vacille, joue avec sa fermeture éclaire, recule d’un pas, avance de deux, retombe dans le fossé, puis alors qu’il fini par boucler sa ceinture, le chauffeur se décide enfin à aller le chercher lui-même et le tirer par le bras jusqu’en haut du fossé.
Je n’éprouve aucune sympathie pour le chauffeur exaspéré, c’est bien sa décision de l’avoir embarqué après tout… L’homme retourne difficilement à son siège, s’appuyant sur les dossiers des autres passagers en chemin, sachant qu’il n’a évidemment pas eu l’occasion de se rincer les mains. Dégueulasse. Une chance que je suis du côté fenêtre! Henning le pousse de son épaule alors que l’homme tente en vain de trouver appui sur son siège. Le vomisseur reprend ses élans de dégobillage et puis l’autobus reprend son chemin.
Nous échangeons des regards lourds de sous-entendu avec Popo et Gus, puis après un haussement d’épaules, nous nous résignons à faire comme tout le monde, c'est-à-dire faire comme s’il ne s’était rien passé (ou du moins, tenter d’oublier ce qui s’est vraiment passé).
La seule autre péripétie au cours du trajet à l’allée : beaucoup de trafic pour entrer sur l’autoroute qui devrait nous mener à Luòyáng. Le chauffeur n’hésite même pas une minute en voyant l’énorme bouchon, il fait marche arrière avec dextérité et rebrousse chemin, décidant plutôt de prendre les routes de campagne. Cela nous rallonge d’environ une heure.
À la requête de quelques personnes, le chauffeur accepte de faire un stop-pipi dans des toilettes publiques qui bordent la route. J’ai la vessie qui me fait mal tellement j’ai envie. J’ai un peu peur de ce qui m’attend, sauf que j’ai juste trop envie. J’entre du côté des femmes, mais ressort aussitôt. Même mon envie ne pourra me convaincre d’aller aux toilettes là. Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas particulièrement dédaigneuse, mais là, j’ai mes limites. Ce ne sont que des trous, et il n’y a qu’un muret de quatre pouces de haut pour délimiter les cavités d’où s’émane une extrême puanteur. Odeur de fromage fécal comme dirait mon père. C’est à se demander si les murs suintent vraiment à cause de l’humidité où si ce n’est pas plutôt que le bâtiment lui-même pleure son misérable sort! Les femmes pissent, chient et menstruent. Ça gicle partout, j’ai envie de vomir. Je ne peux simplement pas. Encore moins sous regards intrigués que me jettent les dames déjà en train de faire leurs besoins. « L’étrangère pissera-t-elle comme nous? » J’aime mieux les laisser se poser la question plutôt que d’exposer mon postérieur pudique à cette filée de bonnes femmes indécemment curieuses. Je me dis que je vais mourir d’une intoxication suite à l’explosion de ma vessie. Pourtant, en dévouant toute mon attention sur le fait que je veux à tout prix éviter la honte que me causerait la souillure de mon pantalon, j’arrive à me retenir jusqu’à notre arrivée.

Le trajet aura duré environ cinq heures. Nous finissons par arriver. Une fois sortie du bus, je lance mes trucs à mes amis et me précipite dans les toilettes du terminus d’autobus. Il y a une filée incroyable de monde qui attend déjà. Je fais ma chinoise : je pousse tout le monde, piétine les plus petites que moi (donc tout le monde) et me « garroche » littéralement dans le premier cubicule dont la porte s’est entrouverte, laissant à peine le temps et l’espace à son occupante d’en sortir. Une femme a bien tenté de me déjouer mais je suis plus forte qu’elle et je la tasse d’un coup de hanches. Un tas de merde m’attend déjà dans la toilette (pour ne pas dire une montagne). Il y a du sang sur les murs de la cabine ainsi qu’à l’endroit où on pose ses pieds. Mais voyons donc?????? Je n’en ai rien à foutre. Je respire par la bouche pour éviter d’expulser le contenu de mon estomac. Quelle horreur. QUELLE HORREUR.

Maintenant, grâce à ma description un tantinet trop graphique, vous comprenez mon aversion pour les toilettes chinoises.

Nous quittons la station de bus et nous nous trouvons un taxi à qui nous demandons de nous conduire à l’auberge de jeunesse (en fait c’est le chauffeur qui nous trouve). C’est à peine à cinq minutes du terminus. La jeune fille à la réception est charmante et parle bien l’anglais. Nous remplissons nos feuilles d’enregistrement (il faut obligatoirement inscrire l’information de nos passeports) et puis on nous conduit au sixième étage.

Nous partagerons la chambre avec un autre occupant. Il y a six lits, mais nous sommes cinq au total. La chambre n’est meublée que de lits simples (et non pas des lits superposés). Il y a également une salle de bain. L’autre occupant de la chambre est absent à notre arrivée, mais ses petites culottes témoignent de sa présence. Elles sont accrochées sur un cintre lui-même accroché à la lampe au dessus du lit. La chambre est subdivisée en deux, avec trois lits d’un côté puis trois de l’autre. Je partage un côté avec Pauline et Guillaume, et Henning sera avec l’homme au petite culotte Calvin Klein. Son nom est Willie Long (Long Wenli en chinois, qui deviendra un ami, sauf que nous ne le savons pas encore). Nous tentons de deviner s’il est étranger ou chinois, mais c’est difficile de savoir par le contenu des trucs éparpillés sur son lit. D’ailleurs, on ne fait pas exprès pour fouiller, sauf un peu en regardant.
Nous avons mis nos sacs sur nos lits respectifs et nous voulons maintenant partir à la recherche d’un restaurant pour manger. Nous en trouvons un sur la grande rue où se trouvent les stations de train et d’autobus. Nous mangeons en silence, la fatigue du trajet en autobus fait déjà son effet. Ce soir, nous resterons tranquilles. Nous restaurerons nos forces avant de partir à la découverte de Luóyàng après le petit déjeuner de demain.




© Madeleine Beaudet, 2007. Tous droits réservés.

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