vendredi 1 août 2008

Chapitre (indéterminé) - La fête de la mi automne (Zhōngqīujíe)

Hier soir, Henning et moi avons été invités à nous joindre à un pique-nique sur une des rives de la rivière Blanche. Ce sont les membres de son équipe de basketball, donc huit de ses anciens étudiants (et de mes nouveaux étudiants), qui ont pris cette initiative, et ce pour célébrer la fête de la mi automne.

À l’origine, à part être un culte lunaire, cette fête célébrait les récoltes de l’année, et l’on célébrait en organisant un gros festin. Les paysans souhaitaient s’attirer la bienveillance du « Dieu du Sol », un fonctionnaire local divin. Avec le temps, la fête s’est transformée et symbolise désormais l’unité de la famille et le rassemblement. Souvent, puisqu’ils sont loin de leurs familles durant l’année scolaire et qu’ils ne peuvent rentrer chez eux, les étudiants célèbrent entre eux, fêtant leur amitié l’un pour l’autre et saisissant l’occasion de se regrouper pour du bon temps.

On célèbre la fête de la mi automne le 15e jour du huitième mois lunaire (il s’agit toujours d’une nuit de pleine lune), donc le 25 septembre en cette année 2007. Ce jour-là, la pleine lune est la plus ronde et la plus lumineuse de l’année. La tradition veut qu’à la fin du repas le soir de cette fête, les invités mangent un gâteau de lune, bien connu sous le nom de mooncake en anglais (yuebing en chinois) en regardant la pleine lune.

Nous avons été chanceux, car hier soir il ne pleuvait pas, et le ciel était clair (inhabituel pour Nanyang, sauf pour un halot créé par l’omniprésente poussière de charbon!), donc nous avons bel et bien pu admirer la pleine lune qui semblait nous sourire du haut de la voute étoilée.

Au début, je croyais que le pique-nique à la clarté de la lune était une initiative originale de la part des étudiants, mais j’ai vite réalisé qu’il s’agissait vraiment d’un événement traditionnel en constatant le nombre de personnes présentent sur les rives de la rivière BaiHe. Même que les étudiants avait loué des petits tapis de bambous pour l’occasion. Le pique-nique nocturne est donc très populaire, et beaucoup de gens se promènent dans la rue ou s’installent en famille pour manger ensemble.

Nous avons été touchés par les étudiants qui ont voulu passer cet événement familial avec leurs profs d’anglais! Certains étudiants ont reçu des photos sur leur téléphone cellulaire de la part de leurs parents dans leur ville ou village d’origine, ces derniers souhaitant leur montrer les plats cuisinés pour l’événement et leur donner l’impression d’être présents à la table à manger. Je voyais les expressions quelque peu mélancoliques se peindre sur les visages alors qu’ils contemplaient tour à tour la lune en pensant à leur famille.

Manger les gâteaux de lune est une autre particularité de cette fête. Il y a en une panoplie! Le plus commun de ces gâteaux contient une pâte sucrée de haricots ou de dattes, parfois enrobant un jaune d’œuf de cane salé (qui rappelle la lune). De nos jours, sur le dessus du gâteau, sont inscrit en relief des caractères chinois, indiquant le contenu du gâteau (c’est plus facile de choisir dans ces cas là, puisque de l’extérieur ils se ressemblent tous, quoique pour nous, faut quand même y aller au pif!!). Auparavant, les caractères étaient en rapport avec des légendes lunaires.

Justin, un des étudiants, m’a raconté la légende de Chang’e, qui est vraiment très intéressante. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai décidé de vous la raconter, mais j’ai trouvé un texte qui en résume très bien l’histoire, donc le voici, cité tel quel (la source :
http://www.chine-informations.com/guide/change-deesse-de-la-mythologie-chinoise_269.html) :

Sur la demande de l'Empereur Céleste, Yi abattit les neuf soleils, châtia le démon des eaux Hebo et tua nombre de monstres et d'animaux féroces. Le peuple l'aimait et le vénérait. Yi voyageait beaucoup, se liait d'amitié avec la population et menait une vie paisible.

Un jour, alors qu'il chassait dans les bois, Yi traversa un ruisseau et aperçut sur l'autre rive une jeune fille puiser de l'eau avec un tube de bambou.

Un jour, alors qu'il chassait dans les bois, Yi traversa un ruisseau et aperçut sur l'autre rive une jeune fille puiser de l'eau avec un tube de bambou. Sa longue course l'avait assoiffé. Il s'approcha de la jeune fille et lui demanda à boire. Devinant qu'il était le héros Yi, elle l'accueillit aimablement, lui offrit à boire et lui cueillit une belle fleur en témoignage de son respect. Yi choisit alors dans ses trophées une magnifique peau de renard et lui en fit cadeau.

En bavardant avec elle, il apprit qu'elle s'appelait Chang’e. Ses parents avaient été tués par des animaux sauvages. Depuis, elle vivait seule.

Yi se prit de pitié pour elle et Chang’e le respectait beaucoup. Les deux jeunes gens tombèrent amoureux l'un de l'autre. Peu de temps après, Yi et Chang’e se marièrent et devinrent inséparables.

Très attachés l'un à l'autre, ils menaient une vie heureuse, et Yi oublia complètement de retourner au ciel.

Trois années plus tard, l'Empereur Céleste ordonna à Yi de retourner au ciel.

Lorsque l'Empereur Céleste apprit que Yi s'était marié sur Terre et ne voulait pas revenir au ciel, il se mit dans une grande colère. Dès lors, il fut interdit à Yi de remonter au ciel, mais il se consola en trouvant qu'il était plus heureux sur terre. Ainsi continua-t-il à vivre sur la Terre.

Mais Yi savait que la vie des êtres humains a ses limites. Un jour, il dit à sa femme :

- Quand j'étais au ciel, j'ai entendu dire que dans les monts Kunlun, à l'Ouest, habite la Reine-mère d'Occident. Elle possède une pilule d'immortalité. Je vais aller la chercher.

Ils étaient très tristes de cette première séparation mais, pour vivre éternellement tous les deux, ils étaient prêts à affronter le danger et la mort. Yi prit son arc et ses flèches, enfourcha un bon cheval et se dirigea vers l'Ouest.

Après avoir surmonté d'innombrables difficultés, Yi arriva enfin au pied des monts Kunlun.

La Reine savait que Yi était un héros céleste qui avait délivré le peuple de nombreux fléaux. Aussi l'accueillit-elle avec beaucoup de respect.

Ayant appris le but de sa visite, la Reine ordonna à l'Oiseau à trois pattes, gardien des pêches d'immortalité, d'apporter une calebasse contenant une pilule d'immortalité fabriquée à partir d'un des fruits de l'arbre d'immortalité. Cet arbre ne donnait des fruits qu'une fois tous les trois mille ans ; c'est pourquoi ces pilules étaient très rares et extrêmement précieuses.

- Emporte cette pilule, dit la Reine, c'est la seule qui me reste. Néanmoins, c'est largement suffisant pour ton épouse et toi : Prenez-en chacun la moitié, et vous deviendrez immortels. Mais attention, si l'un de vous deux l'avale entière, il s'envolera au ciel et ne pourra jamais plus redescendre sur Terre.

- Je ne suis venu chercher la pilule d'immortalité que pour vivre éternellement avec Chang’e répondit l'Archer céleste. Puis il prit la calebasse, remercia la Reine et partit.

Lorsque Yi retrouva Chang’e, il lui raconta tout ce qui s'était passé et lui confia la pilule d'immortalité.

Je suis passé par mille épreuves pour aller la chercher. Si nous la partageons, nous deviendrons immortels tous les deux. Mais si l'un de nous l'avale entière, il ira au ciel sans espoir de retour. Garde-la précieusement, nous la partagerons un jour faste prochain et nous vivrons ensemble éternellement heureux.

Chang’e mit la calebasse dans sa poche avec précaution.

Yi habitait sur la Terre depuis longtemps déjà et un grand nombre de jeunes gens venaient le voir pour apprendre le tir à l'arc. Yi leur enseignait consciencieusement son art. Lorsque le maître est compétent, ses disciples sont brillants, dit le proverbe. De fait, la plupart de ses élèves devinrent de célèbres archers.

L'un d'entre eux s'appelait Feng Meng. C'était un bon archer, mais un homme ambitieux et jaloux. Il caressait l'espoir que son maître mourût avant lui, afin de devenir le meilleur archer du monde.

Un jour que Yi était allé chasser, Feng Meng en profita pour pénétrer chez lui et menaça Chang’e de son arc.

- Donne-moi vite la pilule d'immortalité, lui ordonna-t-il, sinon je te tuerai.
Surprise, Chang’e lui demanda :

- Feng Meng, tu es le disciple de Yi ; pourquoi... ?

- Je ne considère plus Yi comme mon maître. Devrais-je toujours rester un archer de second ordre toute ma vie ? Non, car il mourra avant moi ! rétorqua Feng Meng en riant sarcastiquement.

Chang’e était rouge d'émotion et de colère.

- Allons, dépêche-toi de me donner cette pilule ! Cria Feng Meng en brandissant son arc d'un air menaçant.

Chang’e pensa à toutes les épreuves que son mari avait dû traverser pour aller chercher la pilule d'immortalité. Elle ne devait pas laisser Feng Meng s'en emparer. Alors Chang’e sortit de sa poche la pilule et, au moment où Feng Meng tendait la main, la porta rapidement à la bouche. Elle l'avala et s'élança vers la porte.

Chang’e avait déjà franchi le seuil lorsqu'elle se sentit toute légère et s'envola vers le ciel. En pensant à son mari resté sur terre, elle décida de se réfugier sur l'astre le plus proche, la Lune. Dès lors, le Palais lunaire, dans lequel vivait désormais Chang’e, brilla d'un éclat nouveau.

Lorsqu'à son retour de la chasse, Yi apprit ce qui s'était passé, une immense tristesse l'envahit. Il regarda la Lune et pensa à sa femme Chang’e ; des larmes inondaient ses joues.

Devant l'ingratitude que Feng Meng lui avait témoigné, Yi fut rempli de colère. Il prit son arc et ses flèches et sortit à la recherche de son disciple.

Feng Meng s'était caché dans un bois derrière la maison de Yi. Lorsque celui-ci passa à la hâte devant lui sans le voir, il lui assena un violent coup de bâton sur la tête. Yi s'affaissa, mortellement blessé.

Lorsque les disciples de Yi découvrirent le crime de Feng Meng, ils arrêtèrent ce dernier immédiatement, l'attachèrent à un grand arbre et le transpercèrent chacun d'une flèche. Son ambition démesurée l'avait mené à sa perte.

Quel plaisir de découvrir l’origine des festivals chinois, on dirait qu’il y a toujours une belle légende pour tout expliquer. J’adore!

Pour notre beau pique-nique sous la pleine lune, les étudiants ont apporté une quantité incroyable de plats achetés dans un restaurant local. Il y a bien sûr des arachides sautées, quelques plats de légumes, mais aussi beaucoup de trucs nouveaux tels que de la viande de lapin, du poisson avec sa tête et ses yeux dans une sauce rouge et sucrée, des algues frites, et bon nombre d’autres choses qu’on goûte sans trop savoir de quoi il s’agit!

Nous mangeons, buvons, jasons, mangeons plus, les étudiants boivent encore plus et leur langue se délie et les inhibitions tombent telles des pommes trop mûres d’un pommier. Puis c’est le temps du dessert! Il a plein de fruits, en plus des fameux gâteaux de lune! Nous mordons à pleine dents dans ces gâteaux riches et denses, gros comme l’intérieur de la paume de la main, en s’échangeant des morceaux pour goûter à toutes les différentes saveurs.

Nous sommes plein, Henning s’exclame Wo chi bao le! (j’ai assez mangé!) chaque fois qu’un étudiant lui offre toujours plus de nourriture. C’est une très belle soirée, mémorable, qui nous rapproche un peu plus des étudiants. On sent vraiment qu’ils s’amusent et qu’ils sont capables de communiquer avec nous sans trop de censure puisque nous ne sommes pas dans une salle de classe.

La soirée se termine tranquillement et puis les étudiants retournent les tapis de bambou à celui qui les louait. Certains étudiants embarquent sur leur vélo et partent en direction du campus, alors que Henning, moi-même et quelques autres étudiants nous trouvons un taxi qui nous ramènera également au campus de l’université. Nous réussissons à (plus ou moins) coincer deux vélos (en raison de crevaisons) dans le coffre, puis d’entasser trois étudiants avec moi sur le banc arrière. Le chauffeur ne s’oppose pas à nos manœuvres, puis nous filons chez nous, la musique chinoise dissonante s’émanant bruyamment des haut-parleurs du vieux bazou vert.
© Madeleine Beaudet, 2007. Tous droits réservés.

Aucun commentaire:

© Madeleine Beaudet, 2007-2009. Tous droits réservés.