vendredi 1 août 2008

Chapitre (indéterminé) - Fenêtre sur la culture coréenne

Ce matin, je me suis levée tôt pour commencer le ménage de l’appartement. J’ai invité mes compagnons de classe coréens à venir prendre un café et mangé du gâteau au yogourt, et j’aimerais faire bonne impression en faisant disparaître le désordre qui s’est graduellement installé dans notre résidence au cours des derniers jours.

Henning, qui m’a dit ne pouvoir me prêter main forte en raison de ses responsabilités d’enseignants qui l’oblige à travailler en ce samedi avant-midi, est pourtant encore couché lorsque je termine de récurer la cuisine, la salle de bain, de ranger le salon, de passer l’aspirateur dans la moitié de l’appartement, et de cuisiner le gâteau. En effet, je m’assois pour reprendre mon souffle et tenter de ne pas me laisser préoccuper par la chaleur intense qui nous étouffe depuis déjà plus de deux semaines, et qui me donne l’impression d’être allée me saucer dans le cours d’eau qui longe le campus tellement j’ai sué. C’est si peu féminin de suer en Chine, mais je ne peux changer mon code génétique et freiner la perspiration qui coule en permanence sous mes vêtements ces jours-ci… Les cerceaux sous mes aisselles qui ombrent honteusement mes chandails en permanence sont un perpétuel rappel que je ne peux m’adapter à cette chaleur. J’ai beau tenter de les cacher tant bien que mal en marchant les bras serrés contre le corps, on ne peut vraiment s’y méprendre. J’ai tellement l’air niaiseuse, raide comme si j’avais un balai dans les fesses, crispée en pensant qu’on s’apercevra de ce halot accusateur et grotesque, alors que les jolies minuscropiques chinoises se balade allègrement sans la moindre trace ou goutte de sueur. Oh la la…

Je regarde ma montre, et constate que trois bonnes heures se sont écoulées depuis que j’ai commencé mon ménage. Il est 14h. Je décide de dîner et alors que je range l’aspirateur en prévoyant aller réveiller mon amoureux, le voilà qui se lève de lui-même. Quelle coïncidence! Je le hais parfois de pouvoir dormir autant, aussi paisiblement et sans se faire réveiller par n’importe quel bruit. J’ai passé l’aspirateur et je sais qu’il n’a même pas entrouvert les paupières!

Normalement, je serai irritée de ne pas avoir été aidée dans les tâches ménagères, mais ce matin, je m’en fiche royalement. Je crois que la vie chinoise fait en sorte de calmer mes excès d’impatience et de frustrations. J’aurais voulu lui reprocher d’autant dormir, mais me rends compte que ma motivation à l’envoyer promener réside uniquement dans ma jalousie de ne pouvoir en faire autant… alors je freine cet instinct de faire des reproches et me contente de lui faire des crêpes pour déjeuner!

Henning ne se joindra pas à nous pour notre petite rencontre car il devra travailler pour de vrai, et de plus, la conversation se déroulera sans doute en chinois, ce qui risque alors d’être fort peu intéressant pour lui.

En matinée, alors que je commençais mon ménage, j’ai envoyé un message texte à ma compagne de class Minzhi pour confirmer qu’elle et ses deux amis viendraient vraiment aujourd’hui tel que prévu, et elle m’a dit que Yongzhen et elle viendraient mais pas Rongfan car il avait déjà des plans. Je les attendrai donc vers 16h00. Mais 16h00 venus, pas de nouvelles. Vers 16h30, je me décide à envoyer un message texte pour voir s’ils ont oublié. Elle me répond qu’ils seront là à l’instant.

Je me questionne à savoir si l’absence de ponctualité est peut-être un trait caractéristique des coréens, qui sont régulièrement en retard à nos cours de chinois!

Alors que je fais bouillir de l’eau pour le café dans la cuisine quelques minutes après, je vois Yongzhen qui pédale comme un fou avec Minzhi assise sur le derrière du vélo, et qui semblent chercher quelle bâtisse correspond à la mienne. Ils passent en flèche avant même je ne puisse les interpeller de la fenêtre. J’envoi un sms pour leur donner les indications. Une minute après, je les vois qui arrivent devant notre immeuble. Ils montent au quatrième et je leur ouvre la porte avant qu’ils ne cognent.

Yongzhen s’éponge le visage, il ruisselle de sueur et je ne suis pas étonnée en voyant la vitesse à laquelle il pédalait dans une telle chaleur! Il est humain lui, au moins!

Ils ont l’air penaud. Je leur dis que ce n’est vraiment pas grave, que je croyais simplement qu’ils avaient peut-être oublié.

Nous nous asseyons, puis je me relève aussitôt pour finir de préparer le café. Henning vient saluer mes invités, puis il offre de me remplacer à la cuisine pour le café car il ne sait que leur dire s’ils ne comprennent pas l’anglais. Je me rassois donc et les dévisage subtilement, me rendant compte qu’ils sont vraiment stressés et nerveux d’être chez moi. Je ne sais trop comment détendre l’atmosphère et leur faire réaliser qu’ils n’ont rien à craindre, alors j’éclate de rire. Ils me regardent, perplexes, mais peu à peu, alors que j’affirme qu’ils peuvent se mettre à l’aise, ils commencent tranquillement à se détendre.

Je leur pose quelques questions insignifiantes pour les mettre à l’aise, et puis lorsque le café est prêt, Henning se joint à nous et nous commençons à « discuter » tous ensemble. L’entretien se déroule en chinois uniquement, et je sers d’interprète pour traduire les propos des coréens et ceux de Henning. Peu de temps après, alors qu’il a déjà avalé deux tranches de gâteau, Henning s’éclipse dans le bureau pour travailler, et une fois qu’il est hors de vue, je vois que Minzhi et Yongzhen sont soudainement beaucoup plus détendus. Nous commençons à parler de trucs plus personnels et nous nous mettons à rigoler. Nous critiquons la Chine, et je découvre pourquoi ils sont venus à Nanyang pour faire leurs études.

Laissez-moi vous les présenter :

Minzhi et Yongzhen ont tous deux vingt ans. Ils sont originaires de deux villes différentes sur la côte sud de la Corée. Je ne connais pas vraiment Rongfan, le 3e étudiant. Tout ce que je sais, c’est que tous leurs parents se connaissent entre eux, et qu’ils les ont envoyés ici en Chine pour étudier la médecine traditionnelle. Rongfan est un an plus vieux qu’eux, et il semble être un peu plus solitaire et aventureux que Minzhi et Yongzhen. Ce sont tous leurs noms chinois, je ne connais pas leurs noms coréens. Je les ai donc rencontrés lors des cours de chinois, qui ont commencé au mois de mars mais dont j’ai découvert l’existence seulement au mois de mai.

Je sais qu’ils ont visité la ville de Nanyang avant de venir y étudier, et honnêtement, ni moi ni eux ne semblent comprendre pourquoi ils sont venus ici après tout. Comme ils l’ont eux-mêmes dit : c’est sale, laid, il n’y a RIEN à faire côté vie sociale. Si j’avais visité cette ville avant de venir y enseigner, je n’y serais certes pas retourné pour y travailler… Mais comme Minzhi l’a elle-même dit, c’était 80% la décision de sa mère, et 20% la sienne.

Ils sont contents de commencer leurs études principales la session prochaine, car de mars à juillet, ils ont uniquement appris le chinois pour se préparer à comprendre les cours de médicine traditionnelle donnés dans cette langue. La session prochaine, ils continueront les cours de langue, mais seulement environ 6 heures par semaine au lieu de 18h. Le plus important, ce sera leurs cours principaux. C’est un programme de cinq ans. Cinq ans à Nanyang. Et moi qui déprimais à l’idée d’avoir à faire un autre cinq mois après les vacances d’été… Je n’ai certainement pas à me plaindre!

J’espère avoir la chance de continuer à étudier avec eux, ils sont bien sympas, malgré que plutôt timides. Mes six années de plus semble les intimider, comme s’ils se devaient d’être sérieux en ma présence alors que je ne cesse de déconner durant mes cours et aujourd’hui ne fait pas exception. Ils se risquent à quelques éclats de rire spontanés, mais restent quand même très tranquilles au cours de notre petite rencontre en ce dimanche en fin d’après-midi. Minzhi m’appelle 美兰姐, ce qui veut dire “grande soeur Madeleine”.

À ma surprise, lorsque nous regardons notre montre après qu’ils aient mangé tout le gâteau (les pauvres semblaient tellement affamés!), il était déjà 19h20! Je n’en croyais pas mes yeux, une conversation de trois heures, et ce tout en chinois! Je dois bien m’être améliorée même si je n’en ai pas l’impression!

Nous avons parlé de leurs familles respectives, de leurs aspirations futures (partir voyager et travailler à l’étranger, particulièrement au Canada!).

C’était une fort agréable rencontre, quoique la glace ne fut pas facile à briser au début. Alors que Henning sortait du bureau pour les saluer à la porte, Yongzhen a penché la tête d’un air embarassé, puis en levant les yeux vers Henning, on lisait l’incrédulité entre sa propre taille et celle de Henning. J’avoue, il y avait au moins deux têtes de différences, je dépasse déjà mes amis coréens d’une tête alors…

Mais nous avons bien rigolé. J’espère que le prochain rendez-vous sera pour bientôt, question de battre le fer pendant qu’il est encore chaud!
© Madeleine Beaudet, 2007. Tous droits réservés.

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