Alors que Henning et moi étions allez voir Joyce pour lui demander des reçus de paye pour éventuellement convertir nos yuan en dollars ou en euro, Andy m’a approché en me demandant si je pouvais lui faire une faveur. Il m’a expliqué que pendant les Olympiques à Beijing en 2008, le gouvernement chinois mettra en place une « hotline » (qui est en fait une ligne d’urgence, le 119, semblable à notre propre 911) qui sera accessible 24 heures sur 24, et ce dans diverses langues étrangères telles l’anglais, l’allemand, le japonais, le coréen, le russe et le français. Cette ligne sera accessible dans toutes les villes de Chine. Par contre, pour les villes qui ne sont pas de grosses métropoles telles que Beijing et Shanghai, donc pour des villes comme Nanyang, le service ne sera offert qu’en anglais.
Pour la ville de Nanyang spécifiquement, je ne sais pas pourquoi, mais c’est Andy, un employé du bureau des affaires étrangères du NIT, qui a été chargé de trouver la personne qui enregistrera sa voix pour cette ligne d’urgence anglaise. Il a « décidé » que je serais l’heureuse élue. En fait, au départ, il avait demandé à Peter, mais par après il s’est fait « flushé » en se faisant dire qu’il serait mieux que ce soit une voix de femme.
Il aurait pu demander à Dorothy (la femme de Peter, qui est anglophone à la base, mais je dois avoir une voix seeeexy car c’est à moi qu’il a demandé! Ha! hummmm). J’ai accepté. Mais voyons, comment dire non à une telle opportunité d’immortaliser ma voix sur la ligne d’urgence de la ville de Nanyang! hihi
Aujourd’hui, Andy est donc venu me chercher devant notre immeuble à 15h45. Nous avions rendez-vous à 16h, et c’est bien la première fois qu’un chinois se présente AVANT l’heure dite. Les chinois ne sont pas particulièrement ponctuels. Andy semble faire exception.
Il était aux côtés de son « e-bike » et attendait patiemment que je sorte de l’immeuble. Si je ne l’avais aperçu par la fenêtre de la cuisine alors que j’allais me chercher un verre d’eau, il aurait attendu un autre quinze minutes. Je ne sais pas pourquoi il ne m’a pas appelé! Peu importe…
Il a voulu que j’embarque avec lui sur son vélo pour qu’on se rende sur le nouveau campus, qui est à peine à 8 minutes de marche de mon appartement. Je me suis dit que ce serait chouette de savoir comment on se sent assis à l’arrière d’un tel bolide. J’en vois tellement à tous les jours, que ce soit sur le campus ou dans les rues en me rendant au travail, il y a de quoi être curieux! Ces machins ont tous une allure très frêle, endossant une carcasse de plastique chambranlante. De plus, leurs freins cillent d’un cri si strident qu’ils font presque le même effet sur les tympans que celui de la voix de la Castafiore sur les miroirs et le verre dans les BD de Tintin. La moindre bosse ou craque dans le ciment dans la rue suffit pour tout l’appareil se mette à vibrer et sursauter violemment, donnant l’impression qu’il tombera sitôt en morceaux.
Je demande donc à Andy s’il croit vraiment que son vélo supportera son poids en plus du mien (il n’est pas mince comme cure-dent, contrairement à la plupart des hommes que je vois tous les jours). Il rit et me dit de ne pas m’en faire. Une fois assise en arrière et les deux mains posées sur ses épaules (je me le permet car je n’ai vraiment pas envie de me retrouver la face contre terre), je me rends compte que le vélo est plus robuste que je n’en avais l’impression. Il appuie sur une manivelle et puis nous sommes déjà partis, et j’ai le vent dans les cheveux. La sensation est agréable. Ce n’est pas assez vite pour que ce soit épeurant, mais c’est quand même pas mal plus vite que lorsqu’on pédale normalement. Je me rends compte à mi-chemin qu’il y a des appui-pieds en arrière (voilà pourquoi les étudiants dans la rue me regardait si étrangement, c’était mes pattes raides levées en l’air qui leur faisait tourner la tête et pouffer de rire!).
Nous arrivons rapidement au bâtiment où se trouve l’ordinateur doté d’un programme d’enregistrement de la voix. Andy me présente une liasse de papier et me dit que je dois lire les différentes phrases dans le microphone. Je jette un coup d’œil aux papiers et m’aperçois qu’il y a un long texte qui veut expliquer aux touristes comment fonctionne le système du 119 en plus de vanter l’efficacité et la droiture des policiers de Nanyang. Le document est rempli d’erreurs et d’incohérences. Je me charge de corriger ce que moi-même je parviens à comprendre, puis je commence l’enregistrement.
Je dois d’abord lire 105 différentes phrases telles que « calmez-vous, un policier sera sur place dans un instant ». Certaines phrases se veulent une formule pour quiconque veut téléphoner le service pour signaler un crime ou alerter les policiers d’une infraction, et certains d’entre elles sont particulièrement amusantes. Par exemple, « someone go whoring. », ce que j’interprète comme voulant dire « quelqu’un est avec une prostituée ». Il y a également « that’s illegal in China », ou « a guy is flattering me with insistence » (sexual harrassment??). « A man raped my daughter ». « My house is on fire », « a man is holding up the bank » (bank robbery??), « If the policeman is not doing his job you can complaining ». Qu’est-ce qu’un “exchequers”??? Ce mot revient tellement souvent dans le texte, pourtant, je n’ai pas la moindre idée de ce dont il s’agit. Apparemment, c’est un mot qui signifie coffre-fort…
L’enregistrement dure environ une heure (incluant le temps passé à corriger le texte et les diverses formules bizarres). Je retire enfin les écouteurs et le micro, me sentant un peu ridicule en songeant que ma voix sera acheminée aux oreilles de personnes en panique et en besoin d’assistance immédiate. Ensuite, je me rends compte que moins de 15 personnes d’origine étrangère par année mettent les pieds à Nanyang, et que sur une population d’au-delà de 1,5 million d’habitants, les probabilités que ces personnes étrangères soient seules, en détresse et en besoin d’appeler le 119 sont excessivement minces.
Ainsi, sur le chemin du retour, je ne me tiens plus après Andy. J’ai confiance et apprécie le petit trajet rapide et silencieux que nous effectuons sur le e-bike jusqu’à l’appartement. J’ai bien hâte de voir la réaction de Henning lorsqu’il entendra la nature de cette faveur cocasse!
© Madeleine Beaudet, 2007. Tous droits réservés.
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