mercredi 15 août 2007

CHAPITRE 15 - À la bonne franquette!

Hier soir, nous avons soupé avec nos collègues français. Ils sont descendus chez nous pour un repas « à la bonne franquette ». Ce fut une agréable soirée avec une chouette atmosphère pour apprendre à se connaître, mais la bouffe était vraiment dégueulasse. Nous avions des restants de jiaozi d’un repas précédents (des raviolis chinois qui sont bouillis), et nous avons eu la « bonne idée » de les faire frire pour éviter qu’ils deviennent molasses en les refaisant bouillir. Sur le coup, ça ne nous a pas semblé si terrible, mais Henning peut témoigner que c’était vraiment horrible, surtout au niveau de la digestion. À la suite de cet épisode culinaire, la salle de bain devint temporairement son lieu de prédilection et il perdit une bonne partie de sa masse corporelle…

La diarrhée. Shit de marde, littéralement. Voilà à peine deux semaines que nous sommes arrivés, et nous savons déjà que nos estomacs devront subir plusieurs malencontreuses expériences avant de ne s’habituer à la nourriture chinoise (et surtout la notion d’hygiène alimentaire ici à Nanyang). Moi qui avais si bien géré avec les plats locaux pendant mon été à Tianjin en 2006, je ne serai pourtant pas épargnée « d’inconforts » intestinaux à cause de la nourriture. Henning non plus d’ailleurs, quoiqu’il soit plus aventureux que moi (en fait je dirais plutôt téméraire). Il mange à peu près n’importe quoi qui semble assez cuit, que ce soit vendu dans un resto décent ou dans la rue, cuit dans un wok chauffé sur une bombonne de propane posée à même le sol.

Je suis surprise que le marché de légumes et de viande que nous avons parcouru l’autre jour ne le décourage pas dans ses habitudes alimentaires, surtout par rapport à la nourriture qui se vend dans la rue puisqu’elle vient sans doute du dit marché. Je me dois de faire une parenthèse pour en décrire le contenu et l’apparence.

L’étal de kiosques constituant le marché parcoure deux rues se trouvant à proximité du campus. Les rues sont perpendiculaires et sur la plus large des deux on retrouve surtout des vendeurs de fruits et de légumes, alors que dans la rue plus étroite on retrouve le même genre de marchandise en plus de quelques vendeurs de viande et de poisson. C’est à la fois fascinant et répugnant.

Pour les marchands de fruits et légumes, les articles sont déposés dans des brouettes, charrettes ou sinon directement sur le sol, gisant sur les nombreuses couches de crasse accumulées dans la rue. Pour la viande et le poisson, ce n’est pas vraiment différent. Soit la viande est posée sur une table ensanglantée ou elle est accrochée à d’énormes crochets de boucherie, pendus après une pôle vacillante. D’après la variété des morceaux exhibés, je peux conclure que rien n’est gaspillé lorsque les chinois dépècent la viande. À côté des morceaux qui pendouillent et suintent, (y compris les colonnes vertébrales garnie d’une mince couche de chaire et de nerfs et qui me donne des frissons), des montagnes d’organes internes desséchés (tels des vessies, estomacs, rates, etc.) gisent dans des paniers d’osier posés sur le sol. Je ne fais peut-être pas preuve d’ouverture d’esprit, mais ce spectacle ne me donne aucunement envie d’essayer des nouveautés au restaurant. Dans mon fort intérieur, je me doute d’y avoir déjà goûté malgré moi...

Le poisson, lui, est parterre, et l’odeur qui en émane témoigne de son manque de fraîcheur. Ça me fait penser à la marchandise d'Ordralfabétix, le poissonnier du village des gaulois dans Astérix et Obélix. Outre la Bai He (Rivière Blanche dont l’eau est noire et luisante), je ne vois pas où les marchands peuvent se procurer ces spécimens aquatiques. S’ils proviennent vraiment de la Bai He, je ne recommanderais à personne d’ingérer ces poissons. Certes, nous avons vu plusieurs personnes y pêcher sur les deux rives, sauf que les seuls poissons que nous avons vus de nos propres yeux en traversant le pont qui surplombe la rivière flottaient tristement à la surface de l’eau, ce qui est peu surprenant tellement la rivière semble huileuse, d’apparence goudronnée.

Fin de la parenthèse! Donc, notre souper avec Pauline et Guillaume nous a permis d’en apprendre plus sur leurs origines (la Normandie), leur vie commune en France et leur vie en Chine depuis septembre 2006. Nous avons vite réalisé qu’ils avaient trouvé l’adaptation assez pénible, et qu’ils s’emmerdaient royalement à Nanyang, que leur famille, amis et patrie leur manquaient douloureusement. Mais si ce jugement peut paraître sévère, je dois ajouter que nous partagerons éventuellement les mêmes afflictions au cours des prochains mois, simplement, nous sommes en Chine depuis trop peu de temps pour avoir été gagnés par la mélancolie et l’irritation des coutumes locales. Malgré ce mal du pays, Pauline et Guillaume s’intègrent très bien à la culture chinoise, de par leurs voyages dans la région et à Beijing, ainsi qu’à travers leurs relations avec les étudiants du NIT. Ce qui nous accroche le plus chez eux dès notre première rencontre, c’est qu’ils aiment beaucoup rire! Ils deviendront de très bons camarades et d’excellents compagnons de voyage.

Si nos rencontres avec Pauline et Guillaume se multiplieront au fil des semaines, nous ne remangerons plus de jiaozi avant longtemps, trèèèès, trèèèèèèèès longtemps!

© Madeleine Beaudet, 2007. Tous droits réservés.

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